Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

Zweig, découvert sur le tard dans ma vie de lectrice, ne m’a jamais déçue. Quoi qu’il écrive, quoi que je lise surtout, j’y trouve toujours quelque chose de touchant, de vrai, de beau. C’est encore le cas avec Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, qui n’est pourtant pas mon préféré (on ne peut pas facilement rivaliser avec Le Joueur d’échecs, Lettre d’une inconnue ou Marie-Antoinette…)

Voici la quatrième de couverture :

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Comme d’habitude, chez Zweig, le récit est construit par des discours enchâssés les uns dans les autres. Ici, à la suite de la disparition de la femme d’un riche pensionnaire, les autres clients discutent du degré de moralité de cette mère de famille, dont on ne sait même pas vraiment si elle est partie pour un homme. Peut-on tout quitter pour un coup de foudre, un coup de folie de quelques jours ? En a-t-on le droit ? Le narrateur s’offusque de ce jugement moral sans preuve, sans compréhension. Sa bienveillance lui ouvrira les portes d’un autre récit : celui de la dame anglaise très respectée, celui d’une passion de cette dame anglais très respectée.

Oui, il est toujours question de passion. Zweig semble fasciné par cette question : ce n’est pas l’amour durable, construit sur des bases saines et le plus solides possible qui intrigue l’auteur, mais bien la passion qui, par son étymologie latine même, indique l’idée de souffrance, de soumission à une force contre laquelle on ne peut rien. Et si on ne sait pas grand-chose de la femme de la pension, c’est clairement explicité dans le récit de Mrs C.

Quand Mrs C rencontre l’homme qui va apparaître vingt-quatre heures dans sa vie, mais qui va la chambouler pendant des années, elle est veuve, après un mariage heureux, elle est donc âgée d’une quarantaine d’années et, si elle se sent seule, elle a officiellement une vie remplie de tout le nécessaire. Quand elle croise ce jeune homme obsédé par le jeu, de quinze ans environ son cadet, ruiné et au bord du suicide, elle décide de tout faire pour lui sauver la vie, sans se rendre compte qu’au lieu de l’élever, elle risquerait d’être entraînée dans sa chute.

Passion des corps, passion des cœurs, passion du jeu. De nombreuses forces s’affrontent dans ces quelques pages et s’il ne se passe pas forcément grand-chose (vingt-quatre heures !), mon cœur de lectrice a été complètement happée. Mrs C ne comprend pas ce qu’elle fait, mais elle est poussée à le faire ; elle ne cherche rien, elle suit son instinct, obéit à cette force qui la guide. Le jeune homme est-il aussi passionné qu’elle ? Je vous laisse le découvrir.

Quoi qu’il en soit, le récit de la description des affres de la passion amoureuse est encore une fois assez subjuguant sous la plume de Stefan Zweig. A quel moment est-on coupable quand on découvre la passion, peu importe la nature de cette passion ? « J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger. » répond l’auteur.

Encore une belle découverte donc…

Priscilla

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