Marie-Antoinette de Stefan Zweig

J’ai découvert Stefan Zweig il y a quelques années en lisant Lettre d’une inconnue. J’en suis ressortie bouleversée par la peinture si fine des émotions et révoltée par cet amour à sens unique. Il y a très peu de temps, j’ai lu, en commun avec plusieurs Bookstagrammeurs, Le Joueur d’échecs et j’ai adoré. Vous pouvez retrouver ma chronique ici : Les Classiques de Priscilla – Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig

Cette fois-ci, je me suis lancée dans un texte plus long de l’auteur, une biographie, genre qu’il a beaucoup pratiqué : Marie-Antoinette, motivée là encore par une cinquantaine d’autres lecteurs prêts à vivre cette aventure livresque. Et quel bonheur franchement !

Stefan Zweig parvient à rendre l’Histoire passionnante, romanesque et tellement humaine, même quand il évoque le dernier (ou presque !) couple royal de France. Marie-Antoinette, nous savons tous comment elle a fini, comment elle en est arrivée là. On sait qu’elle a dilapidé l’argent de la France, qu’elle aimait s’amuser quand le peuple mourait de faim. Mais pour ma part, c’était tout. Sans jamais mettre de côté les fautes réelles de la reine, Stefan Zweig nous donne à voir la femme derrière la souveraine. Et oui, j’ose le dire, dans ce texte, on aime Marie-Antoinette.

Cette reine a contre elle une tragédie du décalage permanent. Le couple royal est celui du « trop tard ! » comme aime à le répéter l’auteur. Forcée à devenir dauphine alors qu’elle n’était qu’une enfant, devenue reine avant d’être femme (au sens biblique du terme si j’ose dire), devenue mère alors qu’elle est encore une jeune fille, Marie-Antoinette se sait reine, mais ne se comporte pas comme telle, et quand elle y parviendra, avec brio il est vrai, elle ne le sera déjà plus.

Oui, le Trianon coûte une fortune ; oui, elle n’aimait pas son mari ; oui, elle en a aimé un autre ; oui, elle méprisait les révolutionnaires. Mais comment en vouloir à cette jeune femme, convaincue que c’est son destin, que c’est sa normalité d’être reine ? En entrant dans un pays qui n’est pas le sien, dans une cour déjà brinquebalante du fait du règne vicié de Louis XV, pouvait-on demander à cette enfant de tout reconstruire de manière juste et équitable ? Louis XVI n’est d’ailleurs pas meilleur dans son rôle de roi, dans son rôle de mari, dans son rôle d’homme. Caractérisé par toutes les impuissances existant chez un homme, il est présenté comme un être banal qui aurait été bien plus heureux en tant que petit bourgeois de la campagne.

Mais au-delà de la vérité historique, Zweig excelle dans la peinture romanesque de l’Histoire. J’ai été fascinée par toutes ces petites anecdotes : des phrases adressées ou non à la Du Barry scellent le destin de l’Europe, des erreurs de timing font échouer la fuite vers Varennes, des arnaques dignes de films actuels dressent de la reine un portrait très sombre (le récit de l’affaire du collier est incroyable !). Le destin de cette femme semble se jouer sur des détails, des secondes. Elle est certes désinvolte, insouciante, capricieuse, mais le sort semble s’acharner, comme dans les grandes tragédies.

A travers des extraits de correspondances avec sa mère, son frère, son amant, on découvre la femme et on la voit grandir au fil des années, prenant toute sa force de reine dans les derniers moments de sa vie, devenant mère aux portes de la mort. Il ne s’agit ni d’un portrait à charge, ni d’une défense acharnée, Zweig se contente de nous montrer la dimension humaine de ce personnage, tantôt déifié, tantôt détesté mais jamais présenté comme une femme ou comme une mère. Ce texte fut pour moi un véritable coup de cœur et je découvrirai avec un immense plaisir les autres textes de ce génie des mots et de la nature humaine qu’est Stefan Zweig.

Et vous, vous connaissez cet auteur ? Quelles œuvres vous ont plu ?

Priscilla

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