Autant en emporte le vent (Tome III) de Margaret Mitchell

Et voilà, j’ai fini Autant en emporte le vent, avec une grande tristesse ! J’ai tellement aimé ce roman de 1500 pages que j’ai quitté Scarlett, Rhett, Mélanie et les autres avec la larme à l’œil.

Evoquons d’abord la polémique qui enfle depuis quelques temps autour de ce texte. Evidemment, Margaret Mitchell raconte une époque dont les fondements sont racistes. Le Sud est esclavagiste et en ce sens, Autant en emporte le vent est un roman qui ne se révolte pas à l’idée que des hommes soient exploités par d’autres. Plus encore, il dépeint des hommes et des femmes noirs qui semblent heureux d’être esclaves, ce qui dérange notre morale, et heureusement ! Néanmoins, les esclaves de la famille O’Hara sont considérés comme des personnages essentiels qui inspirent parfois plus de respect que les maîtres blancs eux-mêmes (je pense notamment à Mama dont Rhett recherche constamment l’affection et l’approbation). Je reste persuadée que c’est un beau roman, malgré cela. Il est essentiel de le contextualiser pour les quelques esprits fragiles et influençables qui pourraient éventuellement se dire que l’esclavage était une bonne chose, mais j’espère que la plupart des lecteurs ont le recul nécessaire pour se dire que c’est historique, que cette manière de penser n’est plus d’actualité et qu’il n’y a là aucune propagande recevable.

Passons à l’histoire en tant que telle maintenant, parce qu’elle mérite vraiment le détour. D’abord, parce que j’y ai appris énormément de choses sur cette période de l’histoire américaine qu’est la guerre de sécession. Le souffle épique qui anime le roman m’a vraiment transportée et j’ai vécu au rythme de la vie politique d’Atlanta, dirigée parfois par les Scallawags, parfois par les républicains, parfois par les démocrates. On se rend compte ici qu’il ne s’agit pas seulement d’un épisode historique lointain, il a chamboulé de nombreuses vies individuelles, de gens qui se sont cachés, enfuis, qui ont fait fortune ou qui ont tout perdu.

Au-delà de l’apport historique, Autant en emporte le vent, c’est l’histoire riche et complexe de personnages passionnants.

Scarlett, jeune femme vraiment détestable, prend une nouvelle dimension avec ce dernier tome. Si tout ce qu’elle avait fait jusqu’ici pouvait se justifier par la nécessité de se nourrir ou de protéger les siens, ses méfaits du dernier tome sont plus condamnables car Scarlett a tout pour être heureuse. Elle confirme alors sa personnalité de jeune femme égoïste, cupide et superficielle.

Rhett prend lui aussi une autre dimension ici. S’il conserve jusqu’à la fin sa posture d’homme cynique et calculateur, le lecteur devine les failles qui fissurent cette carapace, et qui se font enfin jour dans un dialogue final avec Scarlett, un dialogue d’une grande violence psychologique parce qu’il laisse enfin sortir toutes les souffrances de cet homme qui paraissait insensible. Je crois que je me souviendrai longtemps des propos du Capitaine Butler, j’en ai eu des frissons.

Alors que l’on pourrait croire, alors que l’on espère, tout du long, que les personnages vont ouvrir les yeux et tout faire pour enfin être heureux, le sort continue à s’acharner, d’une manière différente, autour de Bonnie, autour d’une tragique partie de « cache-cache ». J’ai tourné la dernière page avec beaucoup de tristesse, beaucoup de colère aussi. C’est dire à quel point toute cette histoire m’a embarquée.

Mélanie, Ashley continuent à grandir eux aussi et ils ne sont pas épargnés par la destinée non plus.

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Comment vous expliquer mon ressenti sans spoiler la fin de cette histoire ? Je vous dirais que c’est l’histoire de la maturité qui s’acquiert. Pour moi, Scarlett est arrachée par la guerre à sa vie insouciante et heureuse. A partir de cet instant, elle se bat pour son honneur, pour Tara, pour nourrir les siens. A aucun moment, les enjeux politiques ne l’interpellent. Finalement, quand elle n’a plus besoin de se battre, Scarlett est perdue dans un monde qui n’est plus le sien. Rejetée par ses anciens amis, elle ne sait plus à qui se fier, à part à Rhett. Mais quand elle le déçoit lui aussi, Scarlett perd pied. Mélanie, quant à elle, s’en remet tant à sa belle-sœur pour survivre, qu’elle a le temps et l’énergie de conserver ses idéaux. Elle est donc le contre-exemple de Scarlett. S’en sort-elle mieux pour autant ? On pourrait le croire, mais je n’en suis pas certaine : l’attitude d’Ashley et la fin du roman laissent place au doute. Quant à Rhett, calculateur et intelligent, il surfe sur les différentes vagues politiques, parvenant, au gré de ses envies, à se faire détester ou à se racheter auprès d’une société fragilisée. On comprend très rapidement que Rhett s’en sortira toujours, politiquement et socialement. Pour le reste de sa vie, rien n’est moins sûr…

Bref, bien loin de l’histoire d’amour mythique à laquelle je m’attendais, j’ai découvert une histoire d’une grande violence, celle de la fin d’un monde. Certes, ce monde, il fallait qu’il s’éteigne, mais cela ne va pas sans mal. Ces maux de différentes natures ont tous pour effet de condamner des individus. L’épique, le romanesque, le roman de mœurs et le tragique se mêlent pour conférer à ce texte un souffle unique, qu’on ne peut nommer que d’une manière : le souffle romanesque d’Autant en emporte le vent…

Je n’ai plus qu’une hâte maintenant, découvrir le film !

Priscilla

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