L’Oiseau moqueur de Walter Tevis

J’avais envie de lire ce roman depuis longtemps. Sur le papier, il avait tout pour me plaire : dystopie et littérature, sans parler du fait qu’il est écrit par Walter Tevis, cet auteur qui m’avait tant plu avec son Jeu de la dame, dont vous pouvez retrouver ma chronique ici.

Voici la quatrième de couverture :

« Pas de questions, détends-toi. » C’est le nouveau mot d’ordre des humains, obsédés par leur confort et leur tranquillité d’esprit, déchargés de tout travail par les robots. Livres, films et sentiments sont interdits depuis des générations. Hommes et femmes se laissent vivre en ingurgitant les tranquillisants fournis par le gouvernement. Jusqu’au jour où un homme solitaire, Paul, apprend à lire grâce à un vieil enregistrement. Désorienté, il contacte le plus sophistiqué des robots jamais conçus : Spofforth, qui dirige le monde depuis l’université de New York. Spofforth se servira-t-il de cette découverte pour aider l’humanité ou la perdre définitivement ?

Entrer dans ce roman, c’est accepter de se perdre, d’entrée de jeu, et jusqu’au bout. Après quelques pages, je me suis dit qu’en réalité, le propos du roman était un peu facile. Descendant direct de Ray Bradbury et de son Fahrenheit 451, L’Oiseau moqueur me semblait être une redite du message bien connu (et qui n’en demeure pas moins vrai) : la littérature est ce qui fait de nous des humains. Et pourtant, force est de constater que Walter Tevis innove ici.

Déjà, aucun régime n’est dénoncé. Il ne s’agit pas d’un homme qui souhaiterait aliéner les autres, comme le souhaitait le Parti de 1984, ni d’un gouvernement qui voudrait conduire les hommes sans qu’ils réfléchissent, comme dans Fahrenheit 451. Il s’agit davantage ici du résultat d’une expérience que personne n’a trouvé très concluante à l’époque mais qu’on a laissé s’étendre, les robots Classe 9.

Tout a changé : la ville est remplie de psi-bus qui lisent dans les pensées des voyageurs leur destination, il n’y a ni mois ni années, mais des jaunes et des bleus, il n’y a plus de bébé, plus d’enfants, il y a des gens qui s’immolent en plein centre-ville, il y a des Détecteurs qu’on n’a jamais vu détecter quoi que ce soit, il y a des sopors et d’autres drogues. Il y a des hommes, il y a des robots et on n’arrive plus vraiment à la distinguer les uns des autres.

Et puis il y a Paul, qui, en retrouvant un livre, a appris à lire tout seul et se voit offrir un travail d’enregistrement des films muets afin que Spofforth retrouve le sens de ces lignes blanches sur fond noir. Il y a aussi Mary-Lou qui vit cachée dans un zoo robotisé et quelques communautés recluses.

Je ne peux pas trop en dire sans dévoiler ce qui fait le sel de cette histoire. Mais pour faire court, c’est un roman fort qui vient disséminer un peu d’espoir dans un monde dépourvu d’humanité et d’émotions. La littérature sera cette ancre qui permettra aux personnages de comprendre qu’il y a eu un avant fait de peur, de haine, mais aussi et surtout d’amour et de famille.

Nous avons ici affaire à une dystopie, certes, mais qui n’est pas pessimiste. Au contraire, tout au long de ce texte, c’est l’espoir qui prime, une fois l’incompréhension dépassée. Il n’y a pas réellement d’ennemi, il y a juste une profonde ataraxie de tous les individus, robots et humains qui, sans s’en rendre compte, œuvrent, différemment, dans le même but : arrêter cela. Bien sûr, tout le monde ne le fait pas de la même manière, mais c’est la renaissance de l’amitié, du respect qui rendront cette histoire possible, et finalement, cela fait du bien…

Priscilla

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