Les Classiques de Priscilla – Le Père Goriot d’Honoré de Balzac

Aujourd’hui, je vous parle d’une relecture dans le cadre du Reading Classics Challenge du mois de mai : un roman du XIXe siècle. Les classiques sont les livres que j’arrive le plus facilement à relire. Je les trouve porteurs d’une vérité qui n’est pas tout à fait la même en fonction de l’âge, de l’époque auxquels on les lit. Le Père Goriot est un roman de Balzac dont j’avais gardé un très bon souvenir. Il m’avait réconciliée avec l’auteur, dont je ne connaissais qu’Eugénie Grandet, roman à la lecture duquel je m’étais ennuyée.

Voici la quatrième de couverture :

On lit Le père Goriot quand on a quatorze ans, et on décrète qu’on n’aime pas Balzac… On le relit quelques années plus tard, et l’on découvre un géant de la littérature, un des meilleurs analystes de l’âme humaine, un des plus grands critiques d’une société qui est encore la nôtre. Le père Goriot ce n’est pas seulement un père pélican, victime consentante de ses deux filles trop gâtées. C’est aussi la pension Vauquer et son implacable médiocrité ; ce sont les débuts de Rastignac, étudiant pauvre et ambitieux qui perd son innocence au contact de Vautrin, cynique et brillant patron d’une mafia qui ne s’appelait pas encore ainsi. Le père Goriot c’est un acte de cette éternelle comédie humaine dont nous sommes tous les acteurs. Oui, un livre très contemporain.

Lors de ma première lecture de ce chef d’œuvre, j’avais été profondément bouleversée par la destinée du personnage éponyme. La tragique destinée de cet homme qui a tout donné pour le bonheur de ses filles et qui ne demande en échange qu’un peu de considération m’avait beaucoup émue. Aujourd’hui, bien des années plus tard, ayant pris mon envol de chez mes parents, étant devenue mère à mon tour, j’ai lu ce roman d’une manière complètement différente. Bien sûr, on ne peut que condamner ses égoïstes de filles, mais l’on s’interroge sur l’égoïsme du père Goriot qui voudrait garder ses enfants, quand elles sont devenues adultes.

J’ai, cette fois, été fascinée par le héros, Eugène Rastignac. Ce roman, c’est celui d’une époque, un croisement décisif entre deux univers. Paris est encore le centre du monde, les nobles provinciaux y envoient leur fils pour ses études, c’est un sacrifice financier, mais à une époque où plus rien n’a de sens (on a tué un roi, accepté un empereur, chassé un empereur, fait revenir cet empereur), quelle place est encore accordée au talent, au travail ? Si ce thème sera plus développé dans Illusions perdues, on sent déjà ici qu’Eugène, s’il veut se faire un nom à Paris, ne doit pas se concentrer sur ses études de droit.

En effet, les personnages les plus en vue dans ce microcosme orgueilleux, ce sont Vautrin, Madame de Beauséant… Que font-ils pour cela ? Ils sont riches et ils sont au cœur de scandales. Pétri de bonnes intentions, d’un amour filial et fraternel vraiment sincère, Rastignac va être déchiré, tout au long de l’histoire, entre sa nature et la réalité de cet univers insensible. Et il se rendra compte avec ce fameux « A nous deux, Paris ! », qu’il vaut mieux être Mme de Nucingen dans cette ville où Goriot meurt seul et où Mme de Beauséant a été abandonnée de tous. Eugène n’assiste qu’à la ruine sociale ou financière des gens honnêtes, et à la réussite des gens douteux…

Tout aussi douteux, même si plus nobles et distingués, que cette pension Vauquer, sale, vieille, dont la propriétaire est cupide. Ce roman a la force de présenter de l’époque une vision très verticale (la description des grades de chambres dans la pension est très claire, les va-et-vient entre la mansarde du Père Goriot et le salon de Mmes de Beauséant ou de Restaud sont lourds de sens) et très horizontale (les salons, les théâtres, les pensions, l’hôpital…). C’est vraiment un coup de maître !

Au-delà de Rastignac, j’ai été fascinée par le personnage de Vautrin. Toujours souriant, toujours heureux, c’est un homme qui s’avère rapidement terrible, proposant à Eugène des marchés plus que douteux, dans lesquels la morale est complètement évincée. Mais quel discours que le sien ! C’est lui qui détient la vérité sur l’époque, malgré son statut, malgré sa conscience (ou plutôt son absence de conscience) : sorte de Merteuil social, plus qu’amoureux.

Bref, je me suis encore une fois régalée avec cette lecture. Le projet de Balzac est ambitieux, mais je suis convaincue qu’il avait le talent pour réussir, il faut peut-être juste une certaine maturité pour le découvrir et pour l’admettre. Prochaine étape : Splendeurs et misères des courtisanes.

Et vous, vous aimez Balzac ?

Priscilla

6 commentaires

  1. Je garde un très mauvais souvenir de ma première lecture du Père Goriot : le lycée, lecture obligatoire, un enseignant qui n’a pas su me le faire apprécier… Cependant, maintenant que je me suis replongée dans les classiques à trente ans, j’ai très envie de le relire. Je pense sincèrement que je l’apprécierai plus maintenant qu’à l’époque.

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      1. Je pense aussi. J’ai repris la lecture des Rougon Macquart depuis un an, et oui, je vois plus de choses et ce sont quasiment tous des coups de coeur alors que lus au lycée… La musique était tout autre.

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