De notre côté du ciel d’Hans Meyer zu Düttingdorf

IMG_20181211_204505.jpgEnfin une nouvelle chronique ! Et sur un très beau roman, encore une fois ! J’ai déjà lu des dizaines d’histoires, fictives ou autobiographiques, qui retraçaient le drame indicible des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais avec De notre côté du ciel, l’auteur va plus loin. D’une part, parce que l’histoire commence bien avant 1939, avant 1933 même ! Nous assistons, aussi impuissants que les membres de la famille Ahrenfelss, à la montée des tensions, de l’antisémitisme, de la violence et de la haine en Allemagne à partir du traité de Versailles. D’autre part, parce que le roman joue sur une double temporalité dans laquelle nous faisons constamment des allers-retours, sans jamais nous y perdre.

Il ne s’agit pas de décrire la vie dans les camps, la traque, les rafles. Il s’agit ici de raconter la vie d’une jeune fille qui a survécu et à quel prix. Henriette a presque cent ans au moment de l’histoire et elle décide d’accompagner son arrière-petite-fille orpheline Rachel pour un voyage en Europe afin de fêter le début de sa vie d’étudiante. Elles vivent en Uruguay, sont catholiques et n’ont apparemment pas grand chose à voir avec la Shoah. Et pourtant…

La seconde histoire, imbriquée dans la première, se passe à Küstrin, elle retrace l’enfance d’Henriette, Hans, Karl et Charlotte, la bande du trèfle à quatre feuilles, des amis qui se promettent un amour éternel mais qui devront se séparer, à cause de l’Histoire.

Je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas trop en dévoiler. Je vous parlerai donc davantage de mon ressenti. Beaucoup d’émotions durant cette lecture : les personnages sont attachants, la construction narrative est originale et nous oblige à déambuler, à l’instar d’Henriette et Rachel à travers les ruines dans lesquelles nous espérons retrouver des traces d’un passé plus glorieux, bien que lourd. Les souvenirs dont nous connaissons la signification forment la trame de ce récit émouvant. On y retrouve la naïveté de ces familles qui se considéraient allemandes avant tout, l’angoisse de leurs amis qui se rendaient bien compte des changements, la transformation de leurs voisins aveuglés par les propos prometteurs du Führer. L’étau se resserre et nous oppresse, nous aussi. La seconde vie d’Henriette nous interpelle aussi sur toutes les conséquences de la Shoah, des conséquences spirituelles, psychologiques qui ne sont pas seulement le désespoir ou la tristesse d’avoir perdu les membres de sa famille.

C’est donc une histoire prenante mais le pathos, forcément présent dans ce type de récit, a été quelque peu dévié par Hans Meyer Zu Düttingdorf, pour notre plus grand bonheur. Les blessures ne se referment pas, ni celle du deuil, ni celle de la perte de confiance, ni celle de la culpabilité, mais les âmes se retrouvent, se rejoignent et se pardonnent. C’est donc sur une note étonnamment optimiste que s’achève cette histoire que l’on quitte les yeux humides mais le sourire aux lèvres. Une lecture qui fait réfléchir, qui secoue et qui fait du bien. Vous auriez tort de vous en priver !

Merci aux éditions Les Escales et à Nadia Ahmane pour cet intense moment de lecture !

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture : Allemagne, années 1930 : Henriette, Hans, Charlotte et Karl sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils jouent dans les rues de leur petite ville, et saisissent parfois les conversations des adultes qui annoncent des heures sombres à venir. Tandis que le climat politique empire d’année en année, Henriette et Hans tombent follement amoureux. Seulement, Henriette est juive. obligée de fuir l’Allemagne pour rester en vie, elle devra abandonner sa famille, ses amis et l’amour de sa vie.

Plusieurs décennies plus tard, à bientôt 100 ans,, Henriette quitte l’Uruguay accompagnée de son arrière-petite fille, Rachel pour retourner sur les lieux de son enfance. Débute alors un voyage terriblement émouvant pour Henriette, mais aussi pour Rachel, qui ne sait rien du tout du passé de son arrière-grand-mère.

Un roman tendre sur l’enfance et le passage à l’page adulte d’une fillette au destin bouleversé par l’Histoire.

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