Les Exilées de Troie de Pat Barker

Presque un an après ma découverte du Silence des vaincues de Pat Barker, me voici de nouveau embarquée aux portes de Troie. Et ce voyage m’a fascinée, plus que le précédent, que j’avais déjà beaucoup apprécié.

Voici la quatrième de couverture :

Troie est tombée. Les soldats grecs ont remporté leur guerre acharnée. Ils peuvent rentrer chez eux couverts de gloire et de trophées : or, armes, femmes. Mais les dieux, offensés par ces années de sanglants combats, en ont décidé autrement. Les vents contraires se lèvent, retenant les navires dans l’ombre de la cité détruite.

Pour Briséis, la reine déchue qui porte à présent l’enfant d’Achille, et pour toutes les Troyennes, une longue attente s’annonce, mais peut-être aussi la chance, au cœur de cette guerre d’hommes, de changer le cours de l’Histoire…

Le tome précédent (sorti en poche tout récemment chez J’ai lu) nous laissait voir la place des femmes prisonnières dans une guerre interminable et éreintante pour tous les hommes ; ici, nous sommes confrontés à l’attente. Ces femmes, anciennes reines, princesses ou tout simplement mères de famille, deviennent les esclaves de guerriers complètement à bout, anéantis par la perte d’êtres chers, par la séparation d’avec leur famille et surtout inoccupés. De cette absence d’action naît une tension nouvelle, dans laquelle l’ennui est le prétexte à toutes les querelles, à toutes les violences.

A la fougue impétueuse d’Achille succède l’irrévérence prétentieuse de Pyrrhus. Jeune encore, ce soldat doit faire ses preuves dans un combat dont il ne voit que la fin, dans l’ombre d’un père surpuissant qu’il ne parvient pas à égaler. J’avais été dérangée dans Le Silence des Vaincues par cette peinture quasi-incestueuse d’un Achille qui recherchait constamment le souvenir de sa mère dans ses relations sexuelles. J’ai été davantage fascinée par cette relation au mort, à l’absent, que dois affronter Pyrrhus, même si celle-ci le rend tout simplement détestable. Il a tous les défauts, et aucune qualité : il ment, il manipule, il agresse, insulte les vieillards, les prêtres, ne fait confiance à personne. Celui qui deviendra le persécuteur d’Andromaque est bien moins humain que son père à force d’essayer d’égaler son côté divin.

J’ai aimé me replonger dans ce camp achéen où la pourriture, les cadavres en décomposition (et notamment celui de Priam) côtoient les odeurs de sueur, de vin et de feu. J’ai également retrouvé le langage vulgaire qui m’avait dérangée dans le premier opus, mais uniquement dans la bouche de Pyrrhus, cela m’a semblé juste et bien plus facile à accepter.

Grande différence entre les deux romans : la posture de toutes ces femmes. Si Briséis était complètement anéantie et semblait ne rien ressentir, il n’en est pas de même ici. Enceinte du divin Achille, Briséis est toujours aussi indécise, sa grossesse n’est qu’une protection qui ne la préoccupe que légèrement. Elle lui permet simplement de bénéficier de la protection des Grecs et notamment de son nouvel époux, choisi par Achille. A l’inverse, si l’on excepte Andromaque qui brille par sa fragilité et son effacement, les Troyennes sont des révoltées, des colériques. Menées par la vieille Hécube, Cassandre, Hellé, Amina et tant d’autres ne courbent pas l’échine. Elles savent que le destin est en marche, notamment Cassandre, que personne n’écoute, mais elles ne se laissent pas faire. Le sort réservé à Hélène est aussi très riche de réflexions : cause de tous les maux, elle est condamnée par tous, sauf par son mari. En quoi est-elle coupable ? Manipulatrice ? Je vous laisse juger. Victimes, ces femmes feront tout pour protéger leurs aînés, leurs enfants, leur fierté. De cette colère en sourdine des personnages émerge chez le lecteur une plus grande compassion.

Bref, j’ai déjà hâte de découvrir ce que nous réserve l’autrice par la suite : que deviendront ces femmes une fois arrivées en Grèce ? Alors même que chacune d’elles va se retrouver en un lieu différent…

Priscilla

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