Les Classiques de Priscilla – Chez les heureux du monde d’Edith Wharton

Edith Wharton confirme, après ma découverte du Temps de l’innocence (dont voici ma chronique : Les Classiques de Priscilla – Au temps de l’innocence d’Edith Wharton), tout son talent et tout l’intérêt que je porte à ses écrits avec Chez les heureux du monde. Le contexte est globalement similaire, même si l’ampleur de cet autre roman élargit les perspectives : nos chers New-Yorkais se rendent en Angleterre, en France, à Monte-Carlo…

Voici la quatrième de couverture :

Lily Bart, 29 ans, fait tourner bien des têtes, et du meilleur monde. Quoique issue d’un milieu modeste, elle a toujours frayé dans la haute société. Incapable de vivre sans argent, trop honnête pour monnayer sa beauté, Lily le sait et l’admet :  » façonnée pour être un ornement délicieux « , quel autre destin pour elle que d’épouser un riche mari ?

Rien ne serait plus simple à satisfaire que cette ambition, si la jeune femme n’était dotée d’un caractère farouche, qui lui interdit de céder au séduisant Lawrence Selden. Et si ses charmes ne suscitaient la jalousie des femmes. Son indépendance d’esprit détonne dans l’univers codifié, superficiel, de la bourgeoisie new-yorkaise. Et son désir de réussite se heurte aux règles d’un jeu sauvage dont elle refuse d’être le pion. Déchirée entre ses principes et ses aspirations, Lily Bart est-elle aussi libre qu’elle le pense ? Dans le New York de l’Âge d’or, Edith Wharton peint la satire d’une société étouffante qu’elle connaît mieux que personne, mais qui vit ses derniers instants.

Je ne saurais pas dire de manière ferme si je me suis attachée à Lily Bart, c’est une jeune femme particulière, mais elle m’a touchée. En effet, la grande différence entre cette héroïne et la Comtesse Ellen Olenska, c’est leur origine. Alors que la comtesse faisait partie de ce monde de privilégiées convaincus d’être les maîtres de l’univers, elle en avait été désavouée parce qu’elle avait osé quitter son époux. Lily ne fait pas vraiment partie de ce monde : sa mère et elles ont de la famille qui en font partie, elles côtoient cet univers aussi cinglant que scintillant. Lily charme par sa grâce, sa beauté, sa finesse et sa vivacité d’esprit. Mais Lily n’est pas assez riche pour suivre le rythme. Elle sera donc admise, tant qu’elle ne fera pas d’erreur. A la moindre incartade, tous se souviendront que, déjà, elle n’était pas des leurs. Et puis, évidemment, Lily commettra des erreurs. Souvent, elle sera même victime des complots de ses soi-disant amis qui savent qu’elle risque plus gros qu’eux.

L’héroïne est toujours déchirée entre deux désirs : celui de faire partie de ce monde et celui de rester libre. C’est ce constant balancement qui la poussera à rejeter des unions prometteuses et des passions amoureuses. Par définition incomplète, Lily n’appartient à aucun des deux mondes.

En cela, et j’ose le parallèle (à vous de me dire si vous pensez que je suis complètement à côté de la plaque), elle m’a fait penser à Nana du roman éponyme de Zola. Bien sûr, elle est plus classe, plus gracieuse et bien plus intelligente qu’Anna Coupeau, mais je n’ai pas pu me défaire, surtout dans la deuxième moitié du roman, de cette image de la Mouche d’or, venue des classes moins glorieuses de la société pour pourrir les hautes sphères. Dès lors, à l’instar d’Anna Coupeau, même ceux qui semblent aimer Lily ne peuvent pas prendre ouvertement son parti. Cet engouement de tous suivi par ce rejet unanime, ces brusques passages de la lumière à l’ombre m’ont rappelé la destinée tragique de Nana. Sans compter les personnages assez odieux – Gus Trenor et George Dorset – qui rappellent inévitablement le Comte Muffat. Sans compter aussi la fameuse scène des tableaux vivants, dans laquelle Lily époustoufle tous les spectateurs comme Nana dans son rôle de Vénus.

Le destin de Lily est celui d’une étoile qui à force de vouloir briller trop fort va être contrainte à s’éteindre. Dans toute la galerie de personnages représentée par Edith Wharton, on trouve des individus moins manichéens, comme Gerty Farish, une femme bienveillante qui voudrait protéger Lily contre son attrait pour les paillettes, Lawrence Selden, lui-même déchiré entre son appartenance à ce monde et son mépris pour tous ces gens, trop idéaliste pour être dans la réalité, trop lâche pour agir quand il en est temps, Rosedale le parvenu qui reste presque plus humain que les autres.

J’ai vraiment apprécié de me replonger dans cet univers. Si le sort s’acharne contre Lily Bart, rien n’est trop facile dans l’intrigue. On vibre avec elle, même si, comme moi, on ne comprend pas tous ses choix, on tremble pour elle et on se révolte quand personne ne le fait.

Je lirais avec grand plaisir d’autres romans d’Edith Wharton, auriez-vous des titres à me conseiller ?

Priscilla

2 commentaires

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s