Les Classiques de Priscilla – Pénélope à Ulysse d’Ovide

J’aime beaucoup cette petite collection de chez Folio qui réunit très souvent des extraits de différents textes reliés par un thème. Ici, c’est un peu différent car tous les textes sont d’Ovide, mais on navigue quand même à l’intérieur de plusieurs grandes histoires antiques. Je trouve que l’idée de donner vie et voix aux héroïnes de ces grands textes est formidable. Presque féministe avant l’heure, Ovide redonne la parole à ces femmes bafouées et leur confère par là même un vrai statut d’héroïne très éloigné de l’image de personnage passif qui leur colle à la peau.

Voici la quatrième de couverture :

Pénélope à Ulysse, Briséis à Achille, Phèdre à Hippolyte, Didon à Énée… Dans ce recueil de lettres fictives, dix grandes héroïnes antiques s’adressent, éplorées, à l’homme qu’elles aiment mais qui est absent ou les a délaissées. Attente, désespoir, jalousie : Ovide déplie là, avant son Art d’aimer, le motif de la blessure amoureuse et sonde avec lyrisme les affres de la passion.

« L’amour exerce d’autant plus d’empire qu’on le connaît plus tard : je brûle intérieurement ; je brûle, et une blessure secrète fait saigner mon cœur.»

Toutes ces lettres proviennent de femmes mécontentes, certaines parce qu’elles ont été abandonnées, trompées, d’autres parce qu’elles s’interrogent, mais dans tous ces textes, l’amour se révèle destructeur : il est le moteur du désespoir, de la rage, de la vengeance…

J’ai adoré replonger dans des histoires que je connais bien : Thésée, Ariane et Phèdre ; Jason et Médée ; Ulysse et Pénélope ; Briséis et Achille ; Didon et Enée. J’ai aussi beaucoup apprécié de découvrir certains aspects dont j’ignorais tout : Jason, marié deux fois, Hercule et son épouse, Oenone et Pâris (qui apparaît donc encore plus lâche que ne le rendait l’Iliade).

L’édition est très bien faite et offre un résumé de l’intrigue en notes avant de découvrir les propos de la femme.

Chaque lettre est inondée de l’expression d’un amour passionnel, mais il est inextricablement lié à une grande amertume. Certaines femmes sont simplement désespérées comme Ariane, mais chez la grande majorité d’entre elles se lit aussi une colère, qui promet parfois des débordements atroces (comment ne pas frissonner quand Médée termine sa lettre par : « La colère enfante d’effroyables menaces ; j’irai où me conduira la colère. […] Je laisse à faire au dieu qui maintenant agite mon cœur ; je ne sais quel projet plus grand médite mon âme. ».)

Ces maux et mots des femmes révèlent d’ailleurs davantage ces hommes que la culture antique a présentés comme des héros. En effet, si Pénélope attend courageusement son époux malgré les pressions subies, elle ressent les infidélités de son mari, celles que nous connaissons avec Calypso et Circé. Elle apparaît dès lors bien plus vertueuse que lui. Que dire de Jason dont on connaît souvent la manière dont il a trahi Médée ? Mais dont on apprend qu’il avait, avant elle, épousé et abandonné une autre femme, une humaine donc moins dangereuse, mais une femme qui souffre vraiment encore une fois. Et Thésée ? Pauvre héros qui, revenu du labyrinthe du Minotaure en ayant sauvé toute une région (mais qu’aurait fait Thésée sans Ariane ?) et qui, revenu de la guerre, par méprise, fait tuer son fils à cause de la passion meurtrière de son épouse (la sœur de la malheureuse Ariane) ! Mais Thésée est un monstre qui, en plus d’avoir menti à sa bienfaitrice, l’abandonne sur une île déserte et épouse sa sœur, après avoir tué son frère !! Préoccupés uniquement par leur ambition, ces personnages perdent toute la valeur de l’homme. Ils sont des héros, mais n’en sont pas moins méprisables.

Une lecture rapide qui fait remonter toutes sortes de réminiscences littéraires et qui fait enfin entendre la voix des femmes, ce fut un régal !

Priscilla

2 commentaires

  1. En fait, les hommes sont des sales … depuis la nuit des temps ! 😄. Je plaisante, bien sûr… 😉 mais c’est vrai que leur statut de héro du peuple n’a pas aidé à freiner leur ego surdimmensionné dont ces femmes ont fait les frais ! Moi qui ai toujours adoré la mythologie, je note !

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