Aya de Marie-Virginie Dru

Proposé par les éditions de Borée dans la collection « Mon poche », ce premier roman de Marie-Virginie Dru est une véritable réussite. Je l’ai dévoré en deux jours, tellement l’histoire et le rythme m’ont emportée.

Aya, c’est toute l’âme de l’Afrique, sa sensualité, sa magie et sa rudesse. Aya, c’est une fille de douze ans, pas encore une femme, belle comme un soleil, et qui ne rêve que d’épouser son petit amoureux, Ousmane. Main dans la main, ils se promènent sur les bancs de sable de Karabane avant de plonger dans l’eau, où ils croisent Moussa de retour de la pêche dans sa barque bleue.
Ce paradis, Aya ne l’abandonnerait pour rien au monde, s’il n’y avait ce terrible secret qui la fait grandir trop vite et qu’elle ne peut partager avec personne. Contrainte de fuir son île, elle va peut-être se libérer du poids qui lui coupe le souffle et se forger enfin un destin.
Une magnifique histoire de résilience que la plume sensuelle, poétique et envoûtante de Marie-Virginie Dru, grande amoureuse du continent africain, fait vibrer tel un chant initiatique. 

Ce roman, c’est la destinée d’une personne, nommée comme un jour de la semaine, dans un monde où on l’attendait, mais où on l’abandonne et où on l’oublie aussi. Aya, c’est une femme-enfant, contrainte à douze ans de soigner sa mère devenue folle après la mort de son époux et la disparition de son fils aîné. Aya, c’est une petite fille chrétienne dans un Sénégal qui ne connaît pas le racisme ou l‘intolérance car il ignore complètement les frontières. Aya, enfin, c’est une petite fille innocente et jolie, trop belle face à un oncle, dégoûté par son épouse et pourtant libidineux. Aya, c’est celle qui n’aura jamais, plus jamais le droit d’être insouciante. Elle voudrait être amoureuse d’Ousmane, apprendre à tresser ses cheveux et avoir des nouvelles de son frère ; elle va devoir fuir, cacher l’innommable, le honteux de crainte que ça ne retombe sur sa famille. Et la voilà, à douze ans, enceinte, seule et à Dakar.

Malgré ce noir tableau, l’héroïne est touchante du fait de l’absence de pathos. Même quand elle comprendra que rien n’est sa faute, Aya ne sera pas envahie par haine et l’envie de vengeance, elle avance, toujours, comme elle peut, de l’amour plein le cœur et des rêves plein la tête. Toujours positive, même quand elle voudrait disparaître, Aya remercie toujours les personnes qu’elle croise et elles sont plus nombreuses à lui vouloir du bien que l’inverse : Mona, Camille, Anaïs…

Pourtant, Aya sera toujours déchirée : entre l’amour des siens et la peur de l’autre, entre l’envie de s’épanouir dans les grandes villes d’Europe et l’attachement à son île natale, entre son désir d’enfance et son amour pour son fils. Elle vit, intimement convaincue, même sans le dire, qu’une femme doit toujours se sacrifier un peu pour vivre. Est-ce qu’elle parvient à s’émanciper complètement ? Ce n’est pas ce qu’elle cherche. Aya veut juste être heureuse. Et c’est déjà un véritable défi quand on part dans la vie comme elle.

Le style est aussi simple que l’héroïne. Sans fioritures, l’écriture nous met pourtant sous les yeux la chaleur de l’Afrique, du sable, la violence des ouragans, les couleurs chatoyantes des pagnes, la transe des rites d’initiations, la magie du soleil qui joue dans les vitraux des églises. J’ai senti la fragilité d’Aya, son amour pour son fils, pour Ousmane, pour toutes ces vies qu’elle découvre et qu’elle doit abandonner un jour ou l’autre. C’est donc pour moi une jolie réussite que ce premier roman et je ne peux que vous conseiller de le découvrir…

Priscilla

2 commentaires

  1. Un sujet qui n’est pas facile à traiter, surtout si l’autrice veut le faire dans la simplicité d’écriture qui laisse toute sa place à la force intérieure qui habite son héroïne. Ta critique donne envie de se plonger dans ce récit.

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