Les Classiques de Priscilla – L’Amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez

Pour ce mois-ci, le Reading Classics Challenge nous invitait à relire un auteur d’une précédente édition. Mon choix s’est porté, depuis très longtemps, sur L’Amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez. Pourquoi ? Je ne saurais vraiment le dire. Ce roman m’intrigue depuis un moment : son titre, sa couverture, la quatrième…

À la fin du XIXe siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils ne vivent que l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvenal Urbino, un jeune et brillant médecin. Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant. L’auteur de Cent ans de solitude et de Chronique d’une mort annoncée, prix Nobel 1982, donne libre cours à son génie de conteur, à la richesse de son imagination et à l’enchantement baroque de son écriture.

Je pense que j’ai été attirée par l’idée d’une histoire d’amour longue mais malheureuse, dans laquelle les personnages ne se complètent pas, ne s’épanouissent pas, mais évoluent en parallèle, sans jamais se rencontrer.

C’est un roman qui se savoure, au rythme des Caraïbes. Les mots chantent, les phrases murmurent, les pages s’enchainent lentement, à la même vitesse que les années vides mais non dépourvues d’intérêt des protagonistes. Que se passe-t-il ? Beaucoup de choses, mais pas forcément l’essentiel. Fermina et Florentino tombent amoureux très jeunes et si Florentino est prêt à tous les sacrifices auxquels il s’engage, Fermina semble davantage amoureuse du fait d’être aimée. Très vite, à l’approche d’un mariage pour lequel elle se croyait prête à affronter son père, elle s’aperçoit qu’elle ne ressent rien pour lui et elle le rejette. Anéanti, Florentino ne sombre pas dans la colère et décide de respecter sa parole : l’aimer et n’aimer qu’elle jusqu’à la mort.

Dès lors, nous suivons parallèlement les vies des deux personnages dans une alternance finement construite. Le narrateur nous promène plusieurs pages avec Florentino qui, dès qu’il en a l’occasion, fait en sorte de croiser sa belle, et c’est alors que l’on apprend ce qu’elle fait là et où elle en est dans sa vie.

Aucun manichéisme dans ce roman. Pour tout vous dire, l’un de mes personnages préférés est le mari de Fermina, Juvenal, que je trouve simple, sincère, droit et drôle. Bien que j’aie eu du mal à cerner et à apprécier l’héroïne dont je ne comprenais pas toujours la versatilité, elle n’est pas la méchante. Elle subit sa vie, sans se rendre compte qu’elle n’est pas pleinement heureuse mais que son mari et ses enfants ne la rendent pas malheureuse non plus. Quelle richesse de points de vue de lire ce que peut ressentir l’amoureux transi et éconduit en croisant la femme de sa vie, enceinte, sur le point de voyager ou de revenir, et de découvrir ensuite la réalité cachée sous la surface.

Pendant ce temps, Florentino ne devient pas moine et c’est ce qui fait toute la complexité du personnage. Il multiplie les conquêtes féminines donnant son corps mais jamais son cœur, fait de sa carrière le but ultime de son existence, afin de pouvoir offrir le meilleur à celle qu’il aime quand elle lui reviendra, parce qu’il est sûr qu’elle reviendra.

Mais le temps passe et c’est ce qu’il y a de plus beau. Sans jamais connaître son corps, il y vénère la moindre ride, la moindre faiblesse : la vieillesse ne lui fait peur que parce qu’elle le diminue lui, pas parce qu’il risque de la faire changer, elle. Il attend la mort du mari toute sa vie et quand elle survient, il ne sait pas quoi faire. Dans cet amour qui ne connaît pas sa cible, il y a de l’adoration, de la vénération. Et quand la déesse devient vieillesse, l’adoration redevient amour et le corps un simple moyen d’exprimer cet amour.

Et le choléra dans tout ça ? Et bien le choléra est présent, comme une menace sourde. Pour moi, c’est un symbole, justement de la vieillesse, de la menace de la mort et paradoxalement, de l’amour. L’épidémie de choléra a touché le village bien des années plus tôt, mais elle reste un traumatisme qui a transformé la vie des gens. On craint la moindre toux, la moindre diarrhée. Les bateaux hissent un drapeau jaune pour que personne ne s’arrête à leur hauteur en cas de contagion. Mais la vie continue. On croise quelques cadavres parfois dont les séquelles ne laissent pas de doute, alors on brûle, on isole, mais maintenant, et grâce notamment au Docteur Juvenal Urbino, on continue à vivre. C’est en cela que cette maladie devient symbolique. Juvenal parvient à enrayer l’épidémie mais l’ombre plane toujours, un peu comme avec Florentino. Le temps passe, mais les promesses restent et ne s’envolent pas.

Je suis ravie de m’être enfin plongée dans cette œuvre qui ne plaira pas à tout le monde du fait de sa lenteur, mais je l’ai trouvée vraiment belle, tant dans le fond que dans la forme. Et vous, connaissez ?

Priscilla

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