Dans la forêt de Jean Hegland

Depuis un certain temps dans ma PAL, ce livre, dont je savais qu’il était une dystopie, m’a vraiment surprise, dans le bon sens du terme. Il m’a hypnotisée, du début à la fin…

Voici la quatrième de couverture :

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Le premier élément fascinant dans ce texte, c’est la langue. Je trouve la traduction très poétique et vraiment belle. Les mots nous touchent, les phrases m’ont fait vibrer. Dans cette quête d’un objectif de vie, Nell, sans s’en rendre compte quand elle écrit, s’accroche à la beauté et à la magie de la langue et ses mots nous transportent.

Deuxième point : on ne sait pas ce qui s’est passé. Quand le roman s’ouvre, Nell et Eva sont seules dans la maison où elles ont grandi, leurs parents sont décédés, il n’y a plus d’électricité, plus d’essence, plus d’habitants, plus de médecin…et on ne saura jamais pourquoi. Coupées du monde par choix de leurs parents, les deux jeunes filles s’intéressent d’abord à des rumeurs évoquant la guerre, mais on ne sait même pas entre quels pays. On apprend ensuite qu’il y a eu des épidémies de grippe et d’autres maladies qui ont décimé une grande partie de la population, tandis que l’autre partie s’est enfuie, vers on ne sait quel Eldorado, dont on ignore même s’il existe vraiment.

Dans cette société qui périclite, nos deux jeunes femmes de 17 et 18 ans s’accrochent à la vie, à leurs souvenirs, à leur amour, à leurs passions. Il leur faudra une bonne dose de ténacité pour continuer à danser sans musique ou à lire sans nouveaux romans, avec seulement un métronome et une encyclopédie. Sauf que le temps passe, et rien ne change, le retour à la normalité ne semble plus envisageable et Nell et Eva changent : la morosité, la rancœur viennent pourrir leur espoir naïf.

J’ai eu beaucoup de mal à comprendre Eva, mais je pense que c’est voulu par l’autrice. Celle qui était l’alter ego, le double de la narratrice, devient peu à peu le seul avatar de l’Autre et en ce sens, elle devient de plus en plus incompréhensible dans les méandres de ses changements d’humeur et d’envies. Mais comment ne pas excuser cette passionnée de danse classique, comme sa mère, devenue soudainement orpheline, privée de ce corps parfait qu’elle maîtrisait à la perfection, pour devenir une proie, puis en quelque sorte, l’unique dépositaire de ce que sera l’avenir, s’il en existe un.

Et surtout, c’est le monde qui change. Les animaux, que leur mère leur avait enseigné à craindre, deviennent des voisins, les hommes sont devenus des bêtes, les corps sont des usines à nourriture, et expriment des besoins sensuels, que les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à apprivoiser. Et la forêt, si dangereuse, va devenir leur mère nourricière.

Glaçant par ce qu’il révèle de la fragilité de notre monde, touchant par ce qu’il montre des forces insoupçonnées de l’âme et du corps, poétique par ce qu’il dit de la nature et des souvenirs, ce roman laisse une marque indélébile dans mon cœur de lectrice. Je ne peux que chaleureusement vous inviter à le découvrir…

Et je ne suis pas la seule. Voici les blogueurs qui en parlent aussi : la Caverne d’Haifa, Anne de Textualités, Les Imposteurs, et celle qui m’avait donné envie de le lire : Maud !

Priscilla

4 commentaires

  1. Un roman que j’ai beaucoup aimé, je retrouve dans ta chronique un peu de mon avis – notamment concernant Eva. Malgré le fait qu’il ait été écrit il y a plusieurs années, je trouve qu’il a particulièrement bien vieilli, avec un petit côté intemporel.
    Pour le coup, je l’ai lu au début du premier confinement et cela m’a clairement mis dans l’ambiance (toute proportion gardée bien sûr).

    Aimé par 1 personne

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