Agathe d’Anne Cathrine Bomann

Ce que j’aime par-dessus tout avec la littérature, c’est qu’on navigue d’un genre à l’autre, d’un style à autre et qu’à chaque fois, c’est tout un panel d’émotions qui nous est offert. Si j’adore les grands romans d’aventures à la Dumas, les romances à la Jane Austen ou les thrillers captivants, je suis tout aussi sensible aux textes plus…plats, ceux où ils ne se passent pas forcément grand-chose, mais où cela suffit à nous faire voyager. C’est précisément ce que j’ai ressenti à la lecture d’Agathe d’Anne Cathrine Bomann qui paraît aujourd’hui aux éditions J’ai lu.

Voici la quatrième de couverture :

Soixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique, et huit cents entretiens à mener avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière.
Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, vient bouleverser son plan. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre.
Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau.

Ce roman a tout du huis clos. SI l’on passe de la clinique à l’appartement du docteur, si l’on déambule parfois dans les rues de Paris, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un huis clos, dans lequel le narrateur, comme le lecteur, est pris au piège dans l’esprit même du psy.

Cet homme est blasé. Est-il heureux ? malheureux ? Que souhaiterait-il pour s’épanouir ? Même lui n’en a aucune idée. A force d’écouter ses patients se plaindre, il finit par se demander s’il existe des gens heureux. Plus grave encore, il s’aperçoit qu’il a perdu l’enthousiasme, la foi, il émet des grognements, dessine des oiseaux pendant les consultations et pense qu’il ne pourra rien faire dans les quelques mois qui lui restent avant la retraite. Le décompte commence alors : combien de patients dans la journée ? dans la semaine ? jusqu’à la retraite ?

Et puis… Agathe. Qu’a-t-elle de plus que les autres ? Impossible à dire, mais elle le fait redevenir psy, redevenir médecin, redevenir homme. Elle, avec son sourire, ses larmes, sa sincérité, sa colère, sa reconnaissance et ses questions. Parce qu’Agathe ne se contente pas d’attendre des réponses, elle interroge elle aussi. Poussé dans ses retranchements, le docteur est peu à peu intéressé puis subjugué par cette femme. Il veut l’aider et cette envie le fera renaître.

Voici deux passages qui m’ont marquée parce qu’ils résument très efficacement ce petit roman :

« Lorsque je fixai le miroir pour voir mon visage, il était vide. Il n’y avait personne ! Et bien que je sache parfaitement que nous n’avions aucun miroir, en prendre conscience me prit juste assez de temps pour que la pensée surgisse : C’est exactement ça ! »

« Et cela semble sûrement terriblement banal, mais j’avais tellement envie d’être quelqu’un qui signifie quelque chose. »

Voilà ce que m’ont fait ressentir ces 150 pages : le trajet psychologique d’un homme qui se ne voit plus, qui ne sent que mourir doucement, à un homme qui veut être… C’est beau, riche : ça passe par la musique, le dessin, le contact, le souvenir, la mort, l’empathie, et il lui faudra tout cela, et un sourire, pour redevenir humain, homme et pourquoi pas psy…

Et vous, vous arrivez à accrocher aux romans où il n’y a pas d’actions ?

Priscilla.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s