Autopsie d’un drame de Sarah Vaughan

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, je l’ai dévoré en deux jours, sur le week-end, tellement il m’a ferrée. Dans cette histoire, tout le monde est suspect, rien n’est clair et l’on sent le piège se refermer inévitablement…

Voici la quatrième de couverture :

Jess, mère au foyer, fait preuve d’une grande dévotion envers ses trois enfants, qu’elle chérit et protège à tout prix. C’est du moins la façon dont Liz, son amie depuis dix ans, la perçoit.  Mais le doute s’installe lorsque Jess se rend aux urgences pédiatriques où travaille Liz. Dans ses bras, sa fille Betsey, âgée de dix mois, présente tous les signes d’un traumatisme crânien. Jess, d’ordinaire si soucieuse du bien-être de sa famille, semble étrangement distante et peu concernée par la situation, et ses explications ne collent pas avec la blessure de l’enfant. Liz s’interroge sur les réelles motivations de son amie. Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps avant de se rendre à l’hôpital ?  S’agit-il vraiment d’un accident, comme elle l’affirme ?  Un drame psychologique brillamment tissé qui sonde les enjeux de la maternité, de l’amitié et interroge ce qui nous lie ou nous sépare.

Entre la mère, apparemment parfaite dont on sait immédiatement qu’elle cache ses doutes et ses faiblesses, l’amie pédiatre persuadée que la mère n’a rien fait de mal (au début), le père absent et distant bien qu’aimant et le groupe d’amis, rencontrés lors d’un cours de préparation à la naissance et donc très différents les uns des autres, les enfants qui s’entendent plus ou moins et ont tous des personnalités bien différentes, la toile qui se tisse autour du drame de Betsey prend des allures de huis-clos malsain.

Il faut protéger cette enfant, mais il ne faut pas mettre sa mère en prison, il faut comprendre. Mais comprendre quoi ? Car la vérité ne sera évidemment pas où on l’attendait, elle sera plus dure, plus humaine aussi.

J’ai été très émue par Jess et Ed, ce couple sans histoire, au sein duquel les rôles sont clairement répartis : elle la mère au foyer dévouée et lui, le père absent mais qui s’occupe d’apporter l’argent. Au-delà de cette façade de normalité se cachent des gens humains, qui se disputent, qui sont perdus face à l’hyperactivité de leur fils cadet, dépassés devant les crises de larmes de la petite dernière. Comment juger cette femme qui, à fleur de peau, pense parfois qu’elle pourrait faire du mal à ses enfants ? Comment juger cette peur irrationnelle qu’il souffre, conjuguée à cette conscience aiguë qu’elle-même pourrait les faire souffrir ?

J’ai beaucoup aimé Liz aussi, son dévouement à son travail auprès des enfants, son éthique qui, ici, s’oppose à son grand sens de l’amitié, ses démons tempérés par son envie de toujours bien faire, les secrets de son passé, sa culpabilité.

L’intrigue est bien menée. Tout est fait pour que le lecteur se sente proche de l’un ou l’autre des protagonistes, l’un des coupables de préférence. Les séquelles de la blessure initiale de Betsey rythment les soubresauts de l’enquête, chacune de ses convulsions fait naître de nouvelles réactions, de surprenantes révélations. Et alors que l’étau se resserre autour de cette mère qui, certes, a dysfonctionné (mais qui peut prétendre de l’avoir jamais fait ?), c’est la maman-lionne hyper-protectrice qui ressort. A quel moment cette frontière ténue entre l’excès d’amour et l’abandon de soi devient-elle si dangereuse ? A quel moment cette colère, ce ressentiment que l’on peut sentir pour ses enfants deviennent-ils dirigés contre soi-même ? Jusqu’à quel point une mère peut-elle protéger son enfant ?

Autour de cette enquête, menée d’une main de fer par des policiers pressés d’écrouer Jess (mais en sont-ils coupables, alors que tout l’accuse ?), se dessine une autre histoire, celle de Janet, celle qui n’a pas senti cette frontière, qui a cédé ? S’en est-elle remise ? Le saura-t-on jamais ?

Ce thème est douloureux : on ne peut concevoir qu’une mère fasse du mal à son enfant. On est toutes persuadées que nos amies sont de bonnes mères, autant qu’elles le peuvent et pourtant, devant un enfant marqué, les doutes pointeront, et on aura beau lutter, ils seront plus forts. Ce thème, je l’avais déjà rencontré lors de ma lecture de Même si le soleil se cache que j’avais beaucoup aimé et dont vous retrouverez ma chronique ici : Même si le soleil se cache d’Anne de Bourbon-Siciles. Il fait appel à la mère en nous, mais plus que cela, il fait appel à l’instinct de protection que tout individu ressent face à un enfant malheureux. On est mal à l’aise tout au long du roman, on se sent juge et parti, mais on a un besoin irrépressible de savoir, de comprendre et de sentir enfin le soulagement au bout du tunnel.

Vous l’aurez compris, Sarah Vaughan m’a prise aux tripes et j’ai adoré cette lecture à la croisée des genres, entre histoires de famille, enquête, thriller psychologique et roman d’initiation.

Priscilla

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