Les Classiques de Priscilla – La Vie de Marianne de Marivaux

Depuis ma découverte de Marivaux, dont je vous ai parlé il y a quelques jours, j’avais très envie de découvrir sa plume romanesque. C’est chose faite aujourd’hui grâce au Reading Classics Challenge de Lilly and Books, dont vous pouvez retrouver mon planning ici.

Tout d’abord, et c’est important de le savoir, c’est un roman long de 680 pages. Mais je peux vous garantir que je ne m’y suis pas ennuyée une seule seconde.

Deuxième chose importante à savoir : c’est un roman inachevé. Je le savais bien sûr, mais cela n’empêche pas la frustration !

Je vous mets d’abord la quatrième de couverture :

 » C’est une femme qui raconte sa vie… « 
Comment Marianne, jeune orpheline rescapée d’une attaque de bandits, est devenue la comtesse de ***, nous ne l’apprendrons jamais. Marianne, cependant, était déjà Marianne. Jolie et pleine d’esprit, raisonnable et lucide, la  » belle enfant  » voit tout, sait tout, déjà, de l’ambivalence des bienfaits et des inconstances de l’amour – assez pour dépasser sa condition et proposer, sous la plume du divin Marivaux, le plus badin, pénétrant, spontané des romans de son siècle.

Je ne suis pas certaine que ce roman plaise au plus grand nombre. Il faut, je crois bien, s’intéresser aux romans d’époque, être familiarisé avec un style très XVIIIe siècle et être sensible à la modernité de Marivaux ici. Car oui, même si je n’ai pas toutes les cartes en main pour l’affirmer de manière péremptoire, je crois que Marivaux se montre ici résolument moderne.

L’esthétique du roman se rapproche de celle du roman picaresque, dans lequel un héros, issu des basses classes de la société, vit une succession d’aventures rocambolesques, à l’occasion desquelles il croise toutes les classes sociales pour en peindre une image souvent satirique. Ici, Marianne a tout d’une noble, mais ne peut pas prouver son extraction. Ses parents sont morts, on ne sait pas qui ils sont et elle a été élevée par un prêtre et sa sœur.

Néanmoins, les multiples rebondissements du récit tendent aussi à amplifier la comparaison. Marianne devient orpheline, adoptée, de nouveau orpheline, de nouveau adoptée, amoureuse, séduite par un être vil, libérée, promise à un heureux mariage, promise à une future aisance, puis trahie et peut-être de nouveau abandonnée, même si on la sait Marquise au moment où elle écrit. Mais c’est tout. Plus rien. Marianne a été trahie par celui qu’elle aimait, mais quelles conséquences cette trahison aura-t-elle ? Suspens… Je reviens à mon idée de modernité de Marivaux qui aurait donc écrit, selon moi, un roman picaresque féminin, presque féministe oserais-je dire.

Pourquoi féministe ? Parce que Marianne écrit sa vie, non pas pour en faire un roman, mais pour une amie. De ce fait, elle se permet de nombreuses remarques sur les hommes, sur le fonctionnement de la société, sur les dévots qui sont souvent pleines de sarcasme et de finesse, j’ai adoré ! On retrouve le « style Marivaux ». En outre, le personnel féminin est varié : si Marianne, et a fortiori, les lecteurs, est entourée de femmes superficielles, perfides et cupides, elle rencontre aussi des âmes plus que charitables, à la morale exemplaire. Ce panorama nous permet d’apercevoir la société des salons, celle des couvents, celle de la petite bourgeoisie, des commerçants. C’est une visite guidée de la société du XVIIIe siècle à laquelle Marivaux nous convie à travers ces pages.

Ensuite, à l’instar toujours des romans picaresques, de nombreuses histoires sont imbriquées dans celle de Marianne, des histoires de femmes qui racontent leur vie à la jeune fille et qui enrichissent encore la vision que l’on a de cet univers. De fait, à travers ces histoires, le lecteur est forcé de s’interroger sur la conduite des hommes, sur le traitement infligé aux femmes, malgré leur indéniable force.

Enfin, il y a Marianne. Ça peut paraître bête, mais c’est essentiel. Sur ce procédé fictif de l’autobiographie repose un trait essentiel du récit : Marianne raconte sa jeunesse mais porte dessus le regard de la femme mûre et expérimentée. Elle a conscience de ses forces (sa beauté, sa pureté d’âme, sa moralité) et de ses faiblesses (sa naïveté surtout) et pose sur la Marianne jeune un regard plein de tendresse et d’honnêteté. Aussi est-elle un personnage que la pureté ne rend pas plat ou inintéressant, bien au contraire. Marianne voit, sent et juge les autres et leurs actions avec un regard acéré et une plume précise et plaisante. J’ai adoré découvrir son monde à travers ses yeux.

Et vous, vous connaissez ?

Priscilla

4 commentaires

  1. Grâce à la collection Romans Eternels, j’ai le plaisir de découvrir de nouveaux classiques chaque semaine mais je pense noter ce titre pour après car son résumé est tout autant alléchant que ton avis 😉

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