Les Classiques de Priscilla – Marivaux dramaturge

En pleine lecture de La Vie de Marianne de Marivaux (dont je vous parlerai bientôt, tant je le dévore !), j’ai eu envie, aujourd’hui, de vous parler du charme qu’a opéré sur moi Marivaux lors de ma découverte de trois de ses pièces, l’année de l’agrégation.

De Marivaux, on connaît souvent le terme de « marivaudage », une espèce de badinage amoureux, léger et amusant, et c’est vrai que ses pièces résonnent de cette gaieté joyeuse qui nimbe surtout les personnages de valets, mais aussi leurs maîtres. Pourtant, ça ne se limite pas à cela. Marivaux aime beaucoup retourner les situations, brouiller les repères de ses personnages pour leur permettre de mieux prendre conscience de leur identité profonde.

Sa pièce la plus connue, Le Jeu de l’Amour et du Hasard, repose essentiellement sur ce procédé. Silvia, jeune femme romantique qui rêve de se marier par amour, apprend qu’elle doit épouser Dorante, mais qu’elle aura le droit de refuser, son père étant moderne et magnanime. Elle imagine alors un stratagème qui lui permettra de sonder plus profondément le cœur de son promis : se déguiser en sa servante Lisette (qui, elle, prendra sa place) afin d’observer ce qu’il est aussi devant les domestiques. Le père accepte, parce qu’il sait que Dorante a eu la même idée et s’amuse à l’idée des scènes à venir.

Beaucoup de légèreté là-dedans, et vous vous en doutez bien, la fin sera heureuse, pour tous. Toutefois, cette pièce cache des aspects plus sombres. Dans cette espèce de théâtre dans le théâtre, le père et le frère s’amusent, dans le public, aux dépens de leur fille et sœur. Silvia et Dorante vont évidemment tomber amoureux et avoir du mal à l’accepter, pensant avoir affaire aux domestiques. Dans cette pièce, les classes sociales restent inébranlables mais si tout se finit bien pour nos deux héros ; c’est plus douloureux pour les deux domestiques qui s’aiment aussi et croient avoir le bonheur d’être aimés d’un maître.

Tout est fait dans l’humour et j’aime particulièrement la scène où Arlequin, valet de Dorante, doit dire la vérité à Lisette sur son état. Mais entre les lignes, c’est un discours assez sombre et qui dévoile peut-être les tendances déjà nouvelles de cette France prérévolutionnaire.

C’est encore plus vrai quand on songe que Marivaux est également l’auteur d’une pièce, peut-être un peu moins connue, L’Île des esclaves, dans laquelle après un naufrage, les personnages se retrouvent sur une île dont la loi principale est que les esclaves deviennent les maîtres et vice-versa. Là aussi, derrière une apparente légèreté, même si le sujet est d’emblée plus sombre, les situations sont grinçantes et, dans la volonté des esclaves de se venger en devenant les dominants, on devine toutes les horreurs de leur vie quotidienne.

L’œuvre de Marivaux est riche et plaisante. Le premier niveau est léger et l’on passe un bon moment de théâtre en visualisant les scènes de séduction, de débat intérieur des personnages, mais dans un second temps, on s’aperçoit que ces œuvres atemporelles nous interpellent à l’époque où elles ont été écrites. Loin d’être aussi engagées que celles de Beaumarchais, elles n’en posent pas moins un bon nombre de questions, portées par un homme qui écrit aussi des romans et de la théorie littéraire, théâtrale le plus souvent.

Si vous ne connaissez pas, je vous conseille chaleureusement les deux pièces que j’ai évoquées dans ce billet. La Surprise de l’Amour est une pièce moins mûre, plus légère et, je trouve, moins aboutie. Elle n’en est pas moins très plaisante aussi.

Quant à son roman, dont je vous reparle très vite, on retrouve tous ces petits traits d’esprit, propres à l’auteur. On est immergés dans une époque qui n’est pas la nôtre et qui a des codes bien particuliers, mais que l’on devine tellement bien qu’on finit par la comprendre. Sans compter le talent de conteur de Marivaux, qui est vraiment un délice…

Vous connaissez Marivaux ? Vous aimez ?

Priscilla

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