L’Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

Après nous avoir invités à découvrir les circonstances exactes de la mort de grand Emile Zola dans Assassins ! dont vous retrouverez ma chronique en cliquant sur l’image, Jean-Paul Delfino nous convie à un tout autre voyage avec L’Homme qui marche.

Voici, tout d’abord, la quatrième de couverture :

Marié, deux enfants, Théophrastre Sentiero est un homme sans histoires. Aussi prête-t-il peu d’attention à ces tremblements inopinés qui agitent ses jambes et ses pieds en ce soir de Noël. Hélas, ces trépidations s’accentuent et la médecine n’y entend rien. C’est un vieux libraire cacochyme et presque aveugle qui va le tirer d’affaire en lui proposant un remède pour le moins surprenant : écouter ses pieds puisqu’ils sont si pressés d’aller quelque part.
Au fil de ses déambulations, Théo croise une faune interlope qui compte ses piliers de comptoir et ses prostituées philosophes. Mais il y a surtout cette sylphide qui lui entrouvre les portes d’un horizon insoupçonné…

Peuplé par des personnages truculents qui surgissent telles les figures du tarot sur le chemin de Théo, 
L’Homme qui marche est une berceuse enchanteresse. Ode à un Paris évanoui, il envoûtera ceux qui accepteront de s’en remettre à la chance, ou au destin.

Ce texte, je l’ai reçu comme un conte, du même genre que Le Petit Prince de Saint-Exupéry ou le Candide de Voltaire. Des différences, il y en a bien sûr. Aucune trace du registre merveilleux, l’adulte remplace le jeune enfant et la quête est presque inconsciente, pas de voyage à l’autre bout du monde non plus, mais tout le reste y est.

Théophraste est guidé par ses pieds, qui, d’un seul coup, ont décidé qu’il leur était vital de marcher. A partir de là, l’homme va être amené à élargir son horizon, son champ de vision, ses rencontres, à accepter tout ce que sa vie a de raté, et à prendre conscience qu’il est encore temps de changer !

Chaque rencontre a son charme. Tous les personnages ont quelque chose d’exotique et apportent leur pierre à l’édifice que tente de construire Théophraste, qu’il s’agisse de l’ancienne prostituée, du prêtre, de la tenancière du bar, de l’artiste, du mendiant (qui m’a rappelé le nègre de Surinam) et surtout…surtout l’aveugle et la sylphide.

Envouté par la silhouette d’une femme dont il ne sait rien et qu’il va constamment fantasmer, notre héros va choisir d’arpenter de plus en plus Paris, pour avoir la chance de la retrouver. Cette hypothétique rencontre changera-t-elle son destin ?

Ici, ce n’est pas la fin qui compte, c’est vraiment le mouvement. Les descriptions de Paris sont immersives et l’on déambule nous aussi dans les rues plus ou moins charmantes de la capitale. Des petits troquets aux plus beaux ponts de Paris, les randonnées de Théo sont, pour l’auteur, un moyen de déclamer son amour pour la plus belle ville du monde. Je me rappelle notamment le passage sur les gares, que j’ai trouvé magnifique et que je vous propose de découvrir :

« Une gare, monsieur, cela tient tout à la fois de la cour des Miracles, des comptoirs commerciaux et des factoreries des siècles passés. Ça arrive de tous les coins de France, ça rappelle à Paris que la vie existe, même à l’extérieur des boulevards périphériques. Dans une gare, l’existence bouillonne. Des couples s’y séparent ou s’y retrouvent. Des amants y vont pour attraper le train qui les jettera dans les bras de leurs amours interdites. Des parents y serrent leur famille dans leurs bras sans savoir parfois quand il se reverront. […] C’est une symphonie d’espoirs, de déceptions, de larmes, de rires. Tout se concentre ici avant de se diluer dans le centre de la grande ville, je vous dis ! Et ce cadre, surtout ! Au sol, les humains se battent et se débattent. Dans les poutrelles, les moineaux nichent et s’aiment et se reproduisent sans même que nous y prenions garde. »

Et puis, il y a la littérature. L’aveugle mal luné deviendra le guide, en même temps qu’il deviendra le patron de Théo. En travaillant à fermer une bouquinerie, notre héros va découvrir la magie des mots. Et c’est encore plus beau que les descriptions de Paris.

« Il ne sert à rien de lire en s’imaginant que l’on peut ainsi devenir plus intelligent ou plus instruit. Il faut lire pour voir le monde qui nous entoure à travers les yeux des autres. Après, que ces chimères nous conviennent ou pas, ça n’est pas l’important. Pour vous comme pour moi, jeune homme, le livre est notre seul espace de liberté. Il est urgent d’en user et d’en abuser. Suivez cette piste, dévorez toutes les littératures, et vous verrez alors votre univers s’enfler à la façon d’un ballon de baudruche multicolore. »

Au contact de ce Pangloss qui, lui, ne prétend pas tout savoir, Théo va changer. Il va devenir un être qui ne peut plus se satisfaire de sa vie calme et plate, parce qu’il a commencé à apercevoir un horizon nouveau, riche de promesses. De simple manutentionnaire, il va devenir les jambes et les yeux du vieux grigou qui lui sert de guide.

« Lorsque vous en aurez assez des caprices de ces rues qui se coupent à angles droits, ne désespérez pas. Attrapez, dès que vous le pourrez, une ligne d’horizon. Marchez vers elle. Lorsque vous l’aurez atteinte, et si votre quête est encore infructueuse, choisissez-en une autre. Et n’ayez de cesse de recommencer. Quant à moi, je vous attendrai. Et vous me direz le monde, non pas tel qu’il est, mais tel que vous, vous le voyez. Voilà qui sera propre à alimenter mes rêves. »

A une époque où nos déplacements sont limités, où l’on évite de s’approcher autant de ceux qu’on aime que des inconnus, où tout est bridé, borné, ce roman fait l’effet d’une bouffée d’oxygène et d’humanité et rappelle que, pour voyager, il faut juste avoir le courage de partir, grâce aux livres, grâce au monde qui nous entoure. C’est véritablement une parenthèse enchanteresse qui m’a ravie et que je ne peux que très chaleureusement vous recommander !

Priscilla

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