Avant elle de Johanna Krawczyk

C’est un premier roman magistral que nous offrent les éditions Héloïse d’Ormesson et Johanna Krawczyk avec Avant elle. Je l’ai dévoré, happée par l’urgence de la vie de Carmen, hypnotisée par le style de l’autrice, fascinée par l’enchevêtrement d’époques, de points de vue. Avec ce texte, on entre dans les dessous de l’Histoire de l’Argentine, autant que dans l’intimité de deux familles, aimantes, mais gênées par le silence, par le poids de la vérité.

Voici la quatrième de couverture :

Carmen est enseignante, spécialiste de l’Amérique latine. Une évidence pour cette fille de réfugiés argentins confrontée au silence de son père, mort en emportant avec lui le fragile équilibre qu’elle s’était construit. Et la laissant seule avec ses fantômes.

Un matin, Carmen est contactée par une entreprise de garde-meubles. Elle apprend que son père y louait un box. Sur place, un bureau et une petite clé. Intriguée, elle se met à fouiller et découvre des photographies, des lettres, des coupures de presse. Et sept carnets, des journaux intimes.

Faut-il préférer la vérité à l’amour quand elle risque de tout faire voler en éclats ? Que faire de la violence en héritage ?

Avec une plume incisive, Johanna Krawczyk livre un premier roman foudroyant qui explore les mécanismes du mensonge et les traumatismes de la chair.

Carmen se fait du mal. Elle vit un enfer intérieur, depuis le décès de sa mère, un désordre encore aggravé par la disparition de ce père qu’elle a tant aimé et avec qui elle a si peu discuté. De cette enfance heureuse et choyée, Carmen se souvient des jours heureux et des tabous, autour de ce papa, enlevé pendant la dictature argentine, et qui y a vécu une horreur indicible.

Quand les carnets réapparaissent, Carmen fait le choix de comprendre, quel qu’en soit le prix. Mais elle ignore encore les conséquences de cette décision. Peut-on, doit-on toujours admirer ses parents, quand une fois adulte, on découvre leurs faiblesses d’humains ? A fortiori quand ces faiblesses sont impardonnables ? L’homme, derrière le père, est un être abject, mais est-il le seul coupable ?

De ce roman qui fait sentir l’uppercut que se prend la narratrice avec une force incroyable, il ressort un goût amer. Comment un jeune homme plein d’espoir peut-il en arriver là ?

« Plus tard, je serai un grand romancier. Pour faire rêver les gens, les protéger de la saleté de la vie. Je le répète tout le temps à Marcos, la vie c’est une garce, il ne faut pas se laisser faire. »

L’espoir, l’envie de mieux, l’idéal… Et tout bascule… Dans l’horreur !

Ce roman est puissant de nombreuses manières. Il évoque un pan de l’Histoire de l’Argentine, à la manière d’une caméra cachée, du point de vue des bourreaux. Mais il permet d’imaginer aussi ce qu’une dictature peut avoir comme victimes, des victimes insoupçonnées, de celles qu’on ne plaint pas au premier abord.

Il faudra que Carmen aille jusqu’au bout pour comprendre pourquoi elle ne s’est jamais sentie entière, jamais sentie elle-même. Il faudra qu’elle accepte d’être l’enfant de son père, de cet homme dont elle ignorait tout. Il faudra qu’elle lise tous les carnets pour que sa vie prenne un autre sens, pour qu’en détruisant ses illusions, elle parvienne à détruire cette enveloppe qui n’était pas la sienne, pour enfin devenir la femme et la mère qu’elle ne connaît pas encore.

J’ai été fascinée, bousculée, émue par cette histoire. Je ne peux que vous conseiller de la découvrir, vraiment ! Je ne l’oublierai pas de sitôt pour ma part…

Priscilla

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