Le Cid en 4eB de Véropée

Je ne suis pas une grande fan de la bande-dessinée. Par manque d’intérêt d’abord, et surtout par manque de connaissance. Mais depuis que je suis enseignante, je me suis rendu compte que le détour par l’image agrémentée des bulles peut être très productif avec nos élèves qui ont (et c’est regrettable) de plus en plus de mal à imaginer, à se projeter. C’est particulièrement remarquable avec les textes les plus ardus, en termes de vocabulaire, de personnages ou d’intrigue. Le Cid de Corneille fait partie de ces textes. Le dilemme de Rodrigue, qui doit choisir entre venger son père ou respecter celle qu’il aime et celui de Chimène, qui veut mais ne doit pas épouser celui qui a tué son père, mais n’a pas eu le choix, sont des sujets qui font réagir les élèves, qui les font réfléchir, encore plus de deux siècles plus tard. Mais le langage… C’est une barrière qui peut se révéler difficilement surmontable. De ce fait, quand j’ai vu passer Le Cid en 4eB de Véropée sur les réseaux sociaux, je me suis dit que ça pouvait être une piste.

Je vous ferai un article plus tard sur la manière dont je compte exploiter l’œuvre avec mes élèves, parce que c’est un travail qui demande du temps. Aujourd’hui, je vais tout simplement évoquer mon ressenti de lectrice.

Qu’est-ce que j’ai ri ! Evidemment, le fait d’être enseignante accentue encore le comique du travail de Véropée. Les réactions des élèves, leurs mots, leur comportement, tout est vrai ! La prof, que nous ne voyons pas, a, elle aussi des réactions sincères (agacement, désespoir parfois, fierté aussi). Et jamais, on ne tombe dans le « Oh Madame, ce cours est merveilleux / Oh c’est fou, ce que j’aime mes élèves ! ». C’est ce que j’ai tendance à reprocher aux œuvres, notamment aux films, sur les profs ou l’école, cela perd très rapidement en réalisme et devient trop « bien-pensant » : la ou le prof formidable sauve des élèves qui étaient complètement paumés et finissent par avoir une révélation. Ce n’est pas la réalité !

Ici l’éveil progressif, et absolument pas généralisé, des élèves à l’intrigue cornélienne est juste. Les adolescents réagissent à l’histoire, rejettent la morale, critiquent le vocabulaire et se révoltent, souvent. J’ai retrouvé mes quatrièmes en somme, et, en personnages de fiction, ils sont drôles, là où ils sont parfois pénibles quand je les ai en face de moi 😉

Cela fait du bien de lire que nous sommes tous dans le même bateau, que nous vivons tous les mêmes heures de classe parfois agréables, parfois difficiles, toujours imprévisibles.

Ce fut donc une lecture très plaisante qui m’a fait sourire, qui m’a fait réfléchir (car évidemment, du point de vue pédagogique, il y a plein de choses à faire et je pense que c’est génial de montrer aux élèves que leur réaction est normale puisqu’elle a été évoquée par une professeure dans une BD qui synthétise sûrement les réactions de plusieurs classes) et qui m’a fait du bien. Parfois, on doute de ce qu’on fait, car non, nous ne sommes pas des sauveurs d’une jeunesse en perdition, on essaie… On y arrive, un peu, parfois ; on échoue, souvent, avec quelques-uns, mais il y a une certaine forme de réussite, à les voir parler de la littérature du XVIIe siècle, même si leur débat est ponctué par des « wesh » ou des « téma » ! Il n’y a pas de petite victoire en classe, il y a quelques arcs-en-ciel et il faut savoir prendre le temps de les savourer !

A bientôt pour la suite des réjouissances autour de cette œuvre !

Priscilla

2 commentaires

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