La Couleur pourpre d’Alice Walker

« Y’a qu’la mort qui m’en empêchera, j’te l’promets ! » La Couleur pourpre, pour moi, c’était avant tout un film. Un film culte pour ma maman que nous avons regardé plusieurs fois, ma sœur, elle et moi. Et à chaque fois, les larmes montent. Spielberg a été magistral avec ce film, Whoopi Goldberg est incroyable, Oprah Winfrey extraordinaire, Danny Glover délicieusement détestable. Pour une fois, je préfère le film au livre et je vais vous expliquer pourquoi.

Le roman d’Alice Walker est un roman épistolaire. Celie, séparée violemment de sa petite sœur Nettie, écrit au « bon Dieu » tout ce qu’elle a sur le cœur, tout ce qu’elle vit. Ce qu’elle nous livre est exactement ce que l’on voit dans le film, toutefois, ça a moins pris. Celie est une jeune fille, violée avant d’avoir été aimée, maman alors qu’elle était une enfant, battue avant d’avoir été estimée. De toutes ces humiliations résulte une personne détruite, mais qui ne le sait pas. Celie n’a pas la force de se révolter, parce qu’elle ne conçoit même pas que ce soit possible. Sa seule rébellion a été de protéger sa petite sœur, coûte que coûte. Mais au-delà de ça, elle subit, sans connaître le moindre élan de colère. C’est paradoxalement émouvant et neutre. D’une part, nous, lecteurs et lectrices du XXIe siècle, sentons bien tout ce que sa vie a d’éminemment injuste et criminel et sa passivité est encore plus révoltante, car nous sentons bien que sa jeunesse l’a formatée à ne pas penser, voire à ne pas vraiment souffrir, comme elle le devrait. Toutefois, ce manque de conscience diminue l’attachement que l’on pourrait ressentir vis-à-vis du personnage.

Il faudra l’arrivée de Shug Avery, la paria, la débauchée, l’amoureuse de Mr., l’époux de Celie pour que les choses changent. La relation entre les deux femmes est très riche et l’on comprend vite pourquoi et comment l’admiration laisse place à l’amour. Shug protège Celie, Celie aime Shug, comme jamais personne ne l’a aimée avant. Dans ce monde d’hommes, les deux femmes, fortes de leur amour, prennent leur destin en main en comprenant, au contact l’une de l’autre, ce que leur vie devrait être et n’est pas.

Il y a aussi Sofia, la belle-fille de Mr. C’est un personnage haut en couleurs, une femme fière de revendiquer l’amour et le respect mais dont la sincérité lui vaudra beaucoup de souffrances et d’humiliations. Sofia et Celie passent leur temps à essayer de se comprendre, de s’apprivoiser. Et il faudra que Sofia souffre, que Celie voie sa souffrance, que Sofia vive des événements aussi terribles que ceux de Celie pour que se noue entre elles une vraie relation, un profond respect, qui serviront de leçon à Mr. lui-même.

Mr., dont on apprend ensuite qu’il s’appelle Albert est un personnage que, contre toute attente, j’ai beaucoup aimé suivre. Odieux, abject et profondément détestable, Albert évolue. Il paie pour ses erreurs et au lieu de s’enfermer dans la haine, il grandit, il mûrit et parviendra même à faire partie du petit cercle des intimes de Celie qui pourtant l’avait voué aux gémonies, de manière complètement justifiée.

Je ne peux pas parler du roman sans évoquer Nettie, dont on commence à connaître assez tard la destinée, grâce aux lettres retrouvées. Dans ce roman qui évoque le racisme ambiant contre les Noirs, la violence multiforme infligée aux femmes, il est aussi question de colonialisme, de voyage et d’Afrique. Les lettres de Nettie semblent, pendant un temps, peindre une autre réalité, qui semble au premier abord plus exotique, plus heureuse. Et pourtant Nettie, femme noire, jeune, célibataire, n’est pas plus épanouie que sa grande sœur. Parce qu’elle est noire, mais moins noire que les Africains, parce qu’elle est une femme célibataire qui doit constamment prouver qu’elle n’est pas la concubine de l’homme, déjà marié, qui l’a accueillie, parce qu’elle est mère, uniquement par procuration, parce qu’elle est déracinée et impuissante face à ce que l’homme blanc impose aux Olinkas.

J’ai, en outre, trouvé la fin du roman, dont je ne dirai rien évidemment, bien trop rapide. On ne sent pas tout ce que cette dernière péripétie va engendrer comme bouleversements, on ne sent pas, encore une fois, l’intensité de l’émotion, sûrement parce que Celie n’a pas de mots assez forts pour la décrire, alors qu’encore une fois, le jeu des regards, l’importance de la musique, l’enchainement des plans rendent cette dernière scène profondément poignante dans le film de Spielberg.

Bref, vous l’aurez compris, je vous conseille davantage le chef d’œuvre cinématographique de 1985 que le roman de 1983. C’est une histoire qui reste dans les cœurs et qui secoue les âmes.  Pour autant, je n’ai pas passé un mauvais moment, c’est un texte qui se lit vite, d’autant que le style n’est pas fabuleux (normal puisque Celie n’est pas allée très longtemps à l’école), mais je pense que j’ai réussi à accrocher parce que j’avais été bouleversée par le jeu des acteurs depuis longtemps.

Et vous, connaissez-vous le film ? le roman ? Qu’en avez-vous pensé ?

Priscilla

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