Une île en hiver de Sonia Ristic

En ces temps oppressants et profondément tristes, je vous propose un voyage onirique et humain, avec, pour guides, Sonia Ristic et les éditions Le Ver à Soie, un voyage pour Une île en hiver.

Ce texte se trouve à la croisée de plusieurs chemins, ceux de la poésie, du roman, du conte philosophique, du conte merveilleux, de l’apologue. Comme Abel, l’un des personnages principaux, vous serez complètement envoûtés si vous parvenez à écouter « la musique de l’île ». Les phrases clés se répètent, comme des refrains, comme des formules magiques ; les événements eux-mêmes sont racontés parfois à deux reprises, comme pour nous permettre de nous en imprégner. J’ai vraiment eu le sentiment de faire une pause dans ma vie en lisant ces 160 pages : un autre temps, un autre lieu, un tout autre rythme. Que c’est apaisant parfois…

« Je me souviens que je me suis dit que, pour la première fois de ma vie, je n’étais pas pressé. Que j’avais du temps, pour la première fois de ma vie. Je me souviens que je me suis dit que j’avais devant moi le temps de tout un automne avant l’hiver. »

Dans cette île qui n’apparaît sur aucune carte, les personnages ne sont énigmatiques que pour les étrangers. Pour les autochtones, tout est clair : chacun a son rôle, sa destinée, chacun est libre de « naître, vivre et mourir comme bon lui semble ».

Les nouvelles sont apportées par Ulysse, le petit garçon qui court vite et descend du château où vivent la Comtesse et la Vieille pour faire des annonces au village du bas. La Vieille, dont personne ne connaît l’âge, prédit l’avenir, connaît toutes les histoires du passé et soigne avec des plantes et des cataplasmes. Le Maire et l’Apothicaire sont bloqués dans une partie d’échecs qui doit décider de celui qui épousera la Comtesse. Et Pandora, fille de Cassandre, sort une à une de sa petite boîte les histoires de l’île pour initier Abel.

Le temps n’a plus de prise sur les habitants car le temps ne fonctionne plus comme ailleurs. D’ailleurs, l’horloge ne fonctionne plus depuis « très très longtemps », Dieu n’habite plus l’Eglise, car le curé a préféré l’amour, puis la mort. Les nouveaux sont accueillis avec bonté et bienveillance, et il y a toujours une place pour eux quelque part, parce que ça doit arriver comme ça.

Je ne peux pas vous en dire trop sur l’histoire car la magie de ce texte opère justement quand on ne sait pas ce qu’on cherche. Peut-être même le trouve-t-on uniquement si on ne l’a pas cherché. C’est un texte qui chante, un texte qui charme. Je me suis laissée porter et j’ai appris à aimer Kaya, Abel, La Vieille, Pandora, Ulysse, Salomé et les autres.

Cette île, je l’imagine posée sur une mer lointaine, et nimbée de brouillard, afin que seuls ceux qui cherchent vraiment la trouvent. Cette île est le passage nécessaire pour qu’Abel se retrouve, pour que l’île retrouve Abel, pour que le temps du continent retrouve le temps de l’île, pour que Salomé accepte de vieillir.

Ma chronique doit vous paraître un peu énigmatique, je sais, mais vraiment, il n’y a qu’en embarquant avec Sonia Ristic que vous comprendrez la magie de son roman. Embarquez-vous, c’est salutaire ! Surtout en ce moment…

« Il faut faire avec, Abel. Et vivre, tu comprends ? Il faut vivre. On ne choisit pas d’où l’on vient. On ne choisit ni la beauté ni la tristesse de ce qui nous précède. Mais vivre, Abel, c’est quelque chose qu’on choisit. Comme on choisit ce qu’on devient.

Était-ce vraiment si simple j’ai pensé, et comme si elle pouvait entendre les mots dans mon esprit, la Vieille m’a regardé sévèrement : Qui a dit que c’était simple ? »

Priscilla

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