Les Classiques de Priscilla – Elle et Lui de George Sand

J’ai découvert l’histoire d’amour entre George Sand et Alfred de Musset lors de ma première année de fac, à travers la lecture de La Confession d’un enfant du siècle. Le caractère de roman autobiographique de ce texte m’avait fascinée, tant dans sa forme que dans l’histoire narrée, entre amour passionnel, crise d’ego, recherche d’absolu et souffrances inévitables. J’en avais déjà parlé lors d’un précédent TBTL : https://livresque78.com/2019/11/21/throwback-thursday-livresque-n29-les-classiques-de-priscilla-la-confession-dun-enfant-du-siecle-de-musset/

Il y a peu, j’ai découvert la correspondance, non romancée de fait, entre les deux amants, correspondance dont j’ai fait la chronique ici : https://livresque78.com/2020/06/03/les-classiques-de-priscilla-o-mon-george-ma-belle-maitresse-dalfred-de-musset-et-george-sand-correspondances/

J’avais donc très envie, depuis un moment, de découvrir ce qu’en disait George Sand. C’est chose faite avec Elle et Lui.

Dans ce roman, George Sand fait le même choix que son amant, celui du roman autobiographique : il n’agit pas d’Aurore Dupin et d’Alfred de Musset, mais de Thérèse et Laurent (mêmes prénoms que ceux utilisés par Zola quelques années plus tard pour un autre couple tragique, celui de Thérèse Raquin). Pas difficile de deviner les véritables protagonistes derrière les personnages de fiction. Au lieu d’être poètes, ils sont peintres, mais leur vie à Paris, leur passage en Italie, la maladie de l’amant, la présence du second amour sont les preuves qu’il s’agit bien de la même histoire.

Bien sûr, j’ai été séduite par cette peinture d’un amour qui lie deux génies, avant d’unir deux cœurs, l’écriture romantique est toujours là même si les troubles de l’homme, ceux qu’Alfred de Musset attribue au mal du siècle dans son roman, n’ont pas la même complexité sous la plume de George Sand.

C’est sur ce point que je m’attarderai, car c’est celui qui m’a le plus déçue. Evidemment, déjà, dans les autres récits, on sentait la toxicité d’Alfred de Musset, capable d’une adoration proche du culte et d’une méchanceté destructrice vis-à-vis de celle qu’il aime. Mais ici, la narration fait de Laurent, le monstre. Pas complètement coupable, certes, parce que malade ; excusable, certes, parce que toujours sincère. Néanmoins, il est quand même présenté comme l’unique coupable de l’échec de cette relation amoureuse.

Et là où ça me dérange encore davantage, c’est que, de ce choix découle une forme de froideur dans le personnage de Thérèse. Elle ne m’a pas paru particulièrement amoureuse. J’ai eu l’impression qu’elle cédait à ses avances « pour voir », qu’elle l’aimait comme un fils, jamais comme un homme. Elle apparaît très clairement comme une sainte, toujours dans le sacrifice, toujours dans la résignation et même dans son attitude, pas franchement nette avec Palmer, la peinture présentée ici la dédouane de toute culpabilité. Ça m’a tout simplement paru faux ! Du coup, j’ai eu l’impression, non d’un portrait à charge de Musset, car ce n’est pas le cas, mais d’une forme d’éloge d’elle-même grâce à Thérèse, et je n’ai pas adhéré.

De fait, je comprends parfaitement le désir du frère d’Alfred, Paul, d’écrire sa version de l’histoire, dans Lui et Elle… Peut-être une prochaine lecture ? Qui sait ?

Priscilla

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