La Maison d’Emma Becker

Quand un roman fait beaucoup de bruit dès sa sortie, je suis ravie de le voir apparaître dans le catalogue J’ai lu l’année suivante ! Ce fut le cas pour La Maison d’Emma Becker.

Si vous ne connaissez pas le speech, je vous le fais rapidement. Emma Becker a fait le choix audacieux de vivre pendant deux ans dans un (deux en fait, j’y reviendrai) bordel, une maison close en Allemagne, pour s’immiscer dans la vie des prostituées. Alors, évidemment, moralement, c’est une démarche qui interpelle, ça a sûrement contribué au buzz autour de ce livre. Au-delà de tout jugement de valeur, je salue Emma Becker pour le travail qu’elle a fait. C’est un texte dont le style nous tient du début à la fin et dont l’histoire nous pousse dans nos retranchements et dans nos modes de pensée.

C’est donc à Berlin qu’officie Emma – Justine quand elle est dans la Maison. Son rapport au sexe, sa fascination pour les prostituées, pour ce jeu qu’elle joue et qui cache ce qu’elles sont vraiment la poussent à pénétrer leur univers, et nous avec elle.

Bien sûr, il y a des scènes de sexe brut, dépourvues de toute forme d’amour, mais là n’est pas l’essentiel. Ce que j’ai aimé, c’est qu’Emma Becker fait de la Maison une sorte de maison de famille aux règles étranges, j’en conviens, mais dont le microsystème a quelque chose de rassurant, surtout si on la compare à la première maison close qu’elle fréquente Le Manège, dont les gérants ressemblent davantage à des profiteurs qu’à des protecteurs.

Les prostituées sont présentées comme des femmes qui, pour diverses raisons, ont fait de leur propre corps leur outil de travail. De fait, elles apprennent autant à le choyer et à le mettre en valeur qu’à s’en détacher, autant que faire se peut. Car évidemment, le cerveau gère cet ensemble, et ce sont quand même elles qui sont là. On y lit l’absence ou au contraire l’émergence d’un désir pour ces hommes, la peur parfois, la complicité qui rend les choses plus compliquées. On comprend que ces femmes ne sont pas des professionnelles du sexe quand elles aiment, qu’elles peuvent se surprendre dans leur corps et dans leur cœur.

C’est un texte sur les femmes, sur leur désir, sur leur corps, sur leur besoin des hommes ou leur besoin de solitude. J’ai aimé voir évoluer mon point de vue sur elles toutes. Cette certitude, dans ce contexte précis bien sûr, qu’en fait, qu’on les pense à plaindre ou non, ce sont elles qui ont le pouvoir. Sur ces hommes qui viennent chercher leur plaisir et sont en droit de l’exiger puisqu’ils paient, mais aussi parce que chacun d’eux aimerait avoir donné du plaisir, pour leur orgueil. Elles choisissent de se donner, de faire croire qu’elles se sont données ou non. Elles réduisent ces clients à de petites créatures qu’elles peuvent rassurer ou refroidir d’une seule parole, d’un seul geste. Elles font et défont leur réputation au sein de la Maison, elles aiment, détestent, refusent, réclament.

Bien loin d’être dérangeant, ce roman m’a fait l’effet d’une plongée en apnée en eaux troubles. Ce n’est pas mon univers, c’est inquiétant, mais on y découvre de tels trésors d’amitié, de quête de soi et d’humanité tout simplement que c’est une découverte qui vaut le détour…

Et vous, vous connaissez ce roman ?

Priscilla

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