Les Patriotes de Sana Krasikov

Vous le savez, il y a des romans que l’on n’arrête pas de voir passer sur les blogs, Instagram, Facebook. Il y a des raisons à cela ; encensés par le public, ces romans nous interpellent et on les garde en tête. Et puis, il y a les oubliés. C’est d’un de ceux-là que je veux vous parler aujourd’hui : Les Patriotes de Sana Krasikov, publié chez Albin Michel. J’y tiens d’autant plus qu’il ne mérite pas d’être mis de côté !

Voici d’abord la quatrième de couverture :

Alors que les États-Unis sont frappés par la Grande Dépression, Florence Fein, à seulement 24 ans, quitte Brooklyn pour une ville industrielle de l’Oural, dans la toute jeune URSS. Elle n’y trouvera pas ce qu’elle espérait : un idéal d’indépendance et de liberté. Comme de nombreux Refuzniks, son fils Julian, une fois adulte, émigre aux États-Unis. Des années plus tard, en apprenant l’ouverture des archives du KGB, il revient en Russie et découvre les zones d’ombre de la vie de sa mère.
Entremêlant époques et lieux, ce premier roman magistral de Sana Krasikov nous plonge au cœur de l’affrontement Est-Ouest en explorant, à travers le destin de trois générations d’une famille juive, l’histoire méconnue de milliers d’Américains abandonnés par leur pays en pleine terreur stalinienne, et les conséquences de nos choix individuels sur la vie de nos enfants. 

C’est, il faut l’avouer, une lecture longue et exigeante, mais quel bonheur ! L’autrice nous plonge tour à tour en 2008, en 1934, en 1958, à Moscou, à New York. Il faut vraiment s’accrocher pour ne pas perdre pied parce que cette fresque historique nous fait prendre conscience de tous les liens que les époques et les pays ont tissés entre eux.

On suit parallèlement les histoires de Florence Fein, de son fils Julian et de son petit-fils Lenny. Leurs histoires mêlent de manière inextricable l’URSS (puis la Russie) et les Etats-Unis dans une valse rythmée par les guerres mondiales puis la Guerre Froide.

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C’est l’histoire de trois destins. L’histoire d’une jeune femme d’abord qui refuse ce que les capitalistes proposent comme le rêve américain. Assoiffée de justice et d’égalité, il ne lui faudra qu’une rencontre avec Sergueï pour s’accrocher à un autre rêve, le rêve communiste. Mais elle s’apercevra très vite que l’un comme l’autre sont construits sur des chimères, voire des mensonges et qu’autant de rêveurs se sont cassé les dents des deux côtés de l’Océan Pacifique.

Rejetant de manière assez définitive les idéaux parentaux, elle part seule, persuadée qu’elle trouvera le bonheur et l’épanouissement. Mais les fers dont elle se défait ne s’ouvrent que pour la mener vers d’autres, qui lui feront plus de mal ; des fers que la génération suivante s’empressera de fuir… et ainsi de suite dans une valse ininterrompue de rêves et de désillusions. Personne ne comprend les choix de ses parents, personne n’accepte ceux de ses enfants, et pour cause. L’époque n’est qu’une succession de changements auxquels ils sont bien forcés de s’adapter.

Les erreurs de Florence la conduiront dans les mains du NKVD, dans les camps, en prison, à dénoncer des faux coupables, des vrais innocents, en perdant sa dignité, sa famille, son identité, son âme même. De ses choix découlera l’enfance de Julian qui grandit dans des orphelinats communistes, puis dans des appartements communautaires au retour de sa mère, à l’université et qui se retrouve face au mur de l’antisémitisme ambiant. Désabusé, il repart avec toute sa famille aux Etats-Unis et c’est son fils, qui, par amour pour une Russe cupide, perdra lui aussi toute illusion et retournera dans une Russie des pots de vin et de l’industrialisation.

L’une des générations est-elle plus heureuse que l’autre ? Impossible de le dire. Grandir et s’aimer dans la honte, dans la peur et dans le secret brise des familles entières mais n’atténue en rien l’amour que peuvent se porter tous les membres.

J’ai adoré plonger dans cette sombre partie de l’histoire que je n’ai jamais retrouvée dans un roman historique. Bien sûr, la peinture de l’URSS est sombre et l’on voit bien à quel point Staline n’a rien à envier à Hitler dans ses manières de diriger un pays. Mais il ne s’agit pas seulement d’un portrait à charge de l’URSS. Ici, les Etats-Unis ne sont pas le pays de la liberté et du bonheur, eux qui abandonnent leurs compatriotes expatriés, qui laissent une dictature leur voler leurs papiers, leur dérober leur vie et les anéantir brusquement ou à petit feu. Je n’ai pas réussi à lâcher ce roman malgré la somme de pages et la somme de données qu’il demande de maîtriser. J’admire l’autrice pour son travail de recherches et pour ses qualités de conteuse. Je n’ai plus qu’une envie maintenant, trouver d’autres romans qui évoquent la Guerre Froide, car ce qui est dépeint ici est glaçant, d’autant plus que l’on sait que c’est vrai… D’ailleurs, avez-vous des titres à me conseiller ?

Priscilla

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