Bakhita de Véronique Olmi

« Alors il semble à Bakhita que le cri qu’elle entend au loin n’est pas celui d’un animal, pas celui de l’autre frère, mais celui d’une douleur pure, qui appelle, au-delà de l’humain » (p. 97)
« Elle raconte des histoires qui se terminent bien, des histoires vraies, elle montre avec ses mains, et elle a cette façon de regarder, avec des silences immenses, ses yeux dans les vôtres, et alors les regards se mêlent comme des baisers. » (p. 367)
Bakhita, c’est cela… Des mots forts, envoûtants qui disent l’horreur, aussi bien qu’ils disent l’amour. C’est un texte que j’ai lu lentement. Parce que sa violence m’a demandé des pauses, urgentes.

Combien de fois, au cours de ma lecture, me suis-je demandée comment les hommes peuvent faire cela à d’autres hommes ? Je ne saurais vous le dire. Savoir que c’est une histoire vraie ajoute encore une dimension à cette horreur, à cette vérité.

Bakhita est à peine plus âgée que mon fils lorsque nous la rencontrons. Elle a pour elle la beauté, l’innocence et la pureté, l’insouciance de ne pas envisager ce qui pourrait arriver. Et elle est dépossédée. De tout. De son innocence, de sa pureté, de son insouciance, de sa liberté, de sa famille, de sa langue, de son nom aussi, mais pas de sa beauté. Mais cet atout même, conjugué à l’aspect sombre de sa peau, va jouer contre elle, tout de suite, tout le temps.

Bakhita est anéantie, de toutes les façons que l’on peut anéantir quelque chose. Elle n’a plus d’identité, plus d’humanité, elle perd même son corps d’une certaine manière, mais ce que personne ne parvient à lui enlever, c’est l’amour. Celui qu’elle porte à sa mère et qu’elle reçoit d’elle en retour. Cet amour qu’elle cherchera toujours à donner alors que le destin, enfin non, les hommes, tout simplement, chercheront toujours à lui retirer.

Des toutes les atrocités qu’on lui inflige, Bakhita ne conserve que les lueurs d’espoir qu’ont été ses quelques relations avec ses compagnons d’infortune, ses rêves dans lesquels sa mère lui pardonne, ces hommes, une poignée, qui ont été différents des autres.

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De ce texte il ressort une violence généralisée, qui n’est pas seulement le fait des maîtres ou des trafiquants d’esclaves. Tous les hommes considèrent Bakhita comme un objet.
« Sa beauté n’attire pas les jeunes Italiens, sa négritude est une barrière naturelle. La Moretta parmi eux n’est pas une étrangère. C’est une étrangeté » (p. 264)

Mais cette jeune fille reste pure, cette femme reste une source d’amour et d’espoir inépuisables. Au lieu de ressentir de la haine pour l’humanité entière, elle se consacre à protéger ceux qui ont souffert comme elle. Symbole d’humilité, Bakhita, la femme, comme le roman, est une leçon de vie offerte à nous, lecteurs. Le texte vous révoltera, autant qu’il vous fascinera, la femme vous fera autant pleurer qu’espérer.

Loin d’être une lecture légère, cette tragédie, qui ne se joue pas sur scène, est aussi, et surtout, une apothéose, dans laquelle tout, les causes et les conséquences, restent du domaine de l’humain. Inoubliable… Voilà le mot qui me vient pour conclure…

Priscilla

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