Les Classiques de Priscilla – « Ô mon George, ma belle maîtresse… » d’Alfred de Musset et George Sand (Correspondances)

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Ah… Aimer…

Aimer absolument, passionnément, comme on le fait à vingt ans, jusqu’à s’oublier soi-même. Se surprendre à faire des promesses d’éternité et de bonheur et reprocher à l’aimé de ne pas les tenir. S’éloigner de tout, de tous pour se créer sa bulle d’amour, jusqu’à étouffer à l’intérieur…

Se quitter, se blesser, pleurer, se consoler, s’aimer de nouveau, pardonner, refaire des promesses, croire qu’on a changé, espérer.

Et puis retomber dans des travers, effrayants, destructeurs, toxiques, notamment parce qu’on ne peut pas s’en passer. S’aimer, s’éloigner, oublier, pardonner, aimer de nouveau… Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? Jusqu’à la mort, la mort de l’un, de l’autre, de l’âme, de l’amour même…

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La relation entre George Sand et Alfred de Musset m’a toujours fascinée. Je l’ai étudiée à l’université en découvrant La Confession d’un enfant du siècle, un roman qui m’a touchée dans sa sincérité. Le narrateur n’est pas un mauvais garçon, mais ce n’est pas non plus ce qu’on peut appeler un homme bien. De la mélancolie à la jalousie excessive, il passe de l’amour, à l’adoration, au désir d’exclusivité et de possession, face à une femme prude d’abord, amoureuse ensuite, abandonnée, livrée aux colères de celui qu’elle hésite à appeler son amour, son frère ou son fils tant son désir de l’aimer est fort. Il ne sort évidemment rien de bon d’une telle histoire, si ce n’est l’émotion du lecteur.

Dans cette correspondance, Alfred et Aurore ne se cachent plus sous des pseudonymes. On lit dans ces lettres qui ne viennent combler que les périodes où ils sont séparés tout l’amour qu’ils se portent, le cheminement de leurs âmes liées. La distance, le temps effacent les rancœurs et les douleurs pour ne garder que le positif. On le voit se leurrer, se promettre et retomber inévitablement dans des travers que l’amitié ou l’amour fraternel ne leur permet pas d’éviter.

Deux auteurs qui s’écrivent, c’est la promesse d’une lecture douce, dont les mots vous enchantent et vous emportent, parce qu’ils se livrent, mais aussi parce qu’ils se savent lus et jouent de leurs talents. Ca ne gâche pas le plaisir de la lecture. Seul bémol : l’édition laisse les blancs et les passages illisibles, ce qui rend certaines phrases incompréhensibles.

Au-delà de l’histoire d’amour dangereuse, j’ai été très intéressée par tout ce que l’on apprend sur le monde de l’édition, la manière dont les textes sont publiés, corrigés et rémunérés. Quel plaisir aussi d’entendre résonner des passages d’On ne badine pas avec l’amour et de sentir à quel point Musset a été influencé par sa relation avec George Sand.

Bref, c’est une lecture qui m’a plu, qui m’a émue et donné l’impression d’entrer dans l’intimité de ceux qui, comme Musset l’avait deviné, sont devenus dans l’imaginaire collectif des amants maudits.

Priscilla

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