Un mariage anglais de Claire Fuller

Je m’attendais à lire un roman d’amour, un roman plein d’amour et sur l’amour… Je ne suis pas convaincue par cet aspect-là. J’ai néanmoins beaucoup aimé ce roman, vraiment !

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Voici la quatrième de couverture :

Roman épistolaire construit à rebours, ce récit relate le mariage d’Ingrid et de Gil Coleman, son professeur de littérature, de vingt ans son aîné. Quinze ans plus tard, Ingrid, lassée des absences répétées de son mari, disparaît, laissant une série de lettres dans lesquelles elle revient sur l’histoire de son mariage.

Cette histoire est touchante, profondément humaine et elle semble sincère, mais pour moi il n’y est que très peu question d’amour.

On y rencontre une jeune femme pleine d’envies et d’ambitions qui se laisse charmer, par jeu au départ, par un homme plus âgé qu’elle et qu’elle admire, parce qu’il est son professeur. Tombée enceinte rapidement, elle met le pied dans un engrenage dont elle ne peut se sortir que définitivement, violemment et au bout de plusieurs années de malheur.

On y rencontre aussi un homme sûr de lui et fourbe qui veut absolument construire, pour l’apparence, une famille parfaite, mais continuer à s’adonner aux plaisirs de la chair tant dans ses romans que dans la vie, à l’égoïsme de l’écriture et à une forme de violence psychologique acerbe.

On y rencontre enfin deux jeunes filles, aux prises avec un passé dont elles ne savent rien mais qu’elles paient au prix fort. Privées de leur mère très jeunes, Nan et Flora grandissent entre le deuil et l’espoir, ne sachant pas ce qu’est devenue leur mère ; l’une étant bien consciente de la part de responsabilité de la figure paternelle dans cette tragédie et l’autre idolâtrant un père absent et mythique.

Ingrid n’est pas amoureuse, elle est piégée. Elle a même du mal à aimer ses filles, qu’elle ressent comme des contraintes quotidiennes, d’autant plus qu’elle est seule la plupart du temps pour les élever. Elle a abandonné ses rêves pour des chimères qui n’ont pas tenu longtemps. Le plus violent dans cette histoire c’est qu’à la lecture de ses lettres, on découvre en même temps qu’elle toutes les tromperies de son mari au fil de leur histoire. Elle affronte la solitude, les beuveries, les fausses couches, les grossesses, la maternité, la pauvreté, la gestion du quotidien, les tromperies et les mensonges à vingt ans seulement !

Pourquoi reste-t-elle ? Parce qu’elle ne voit pas ce qu’elle peut devenir depuis qu’elle est devenue mère. Parce qu’elle déteste le mari, mais qu’elle admire l’homme. Parce qu’elle ne s’aime pas surtout, et que « l’amour » de son mari ne l’aide pas à prendre conscience de toutes ses qualités.

C’est un roman qui m’a bouleversée parce qu’il m’a surtout révoltée, pour Ingrid, pour ses filles. Gil est un être abject qui jusqu’à la fin est fourbe et manipulateur. Mais tout cela est dit avec un style agréable, les lettres d’Ingrid sont dépourvues d’animosité et pleines de sincérité. Quant à la narration, centrée surtout sur le personnage très attachant de Flora, elle est juste : c’est le roman d’initiation d’une jeune fille devenue femme qui doit se défaire de l’illusion de son père pour affronter une réalité douloureuse, sans aucune preuve, sans aucune prise.

Plus que d’amour, il s’agit, dans ce beau roman, de résilience. Mais une résilience révoltante bien qu’apaisée ici. C’est peut-être ce qui est le plus émouvant…

Priscilla

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