Sujet inconnu de Loulou Robert

Avec Sujet inconnu, Loulou Robert a écrit un roman coup de poing. Je suis ressortie de cette lecture complètement sonnée, mais dans le meilleur sens du terme. Je vous avouerais qu’aujourd’hui, mon plus grand problème, c’est de mettre des mots sur mon ressenti.

Voici la quatrième de couverture :

« J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici. Qu’ici je ne deviendrais personne. Qu’ici je n’aimerais personne. Qu’ici, rien. Je ne ressentirais rien.
J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir. J’ai choisi de souffrir. À partir de là, je suis condamnée à cette histoire. »

Sujet inconnu, c’est, dans un style brut et très contemporain, l’histoire d’un amour qui tourne mal. Entre jeux de jambes et jeux de mains, l’héroïne de ce roman boxe, court, tombe, se relève, danse, au rythme syncopé de phrases lapidaires et d’onomatopées. Plus la violence gagne le récit, plus on est pris par cette pulsation qui s’accélère au fil des pages. Un roman écrit d’une seule traite, d’un seul souffle, dans l’urgence de gagner le combat, dans l’urgence de vivre, tout simplement.

Pour moi, c’est l’histoire d’un affrontement, du plus grand affrontement que l’on puisse connaître : celui de l’enfant contre la vie. Une enfant solitaire contre les groupes de l’école. Une enfant unique contre le couple parental. Une enfant saine contre une mère fragile. Une enfant de la province contre la capitale. Une enfant excellente contre une réalité immuable. Une enfant amoureuse contre un enfant possessif. Une enfant en passe de devenir adulte des deux façons les plus violentes qui soient : perdre sa mère et aimer le diable.

Et pourtant, aucun pathos dans ce récit. La narratrice cherchait de la passion, elle l’a trouvée, dans ce qu’elle a d’étymologique. Elle va subir, souffrir, sans être maîtresse de ce qui lui arrive. Rien ne lui sera épargné, mais pas parce qu’elle est l’héroïne de ce roman, simplement parce que c’est la vie. On assiste à la perte de ses illusions mais parallèlement, on devient le témoin privilégié de la naissance d’une force, d’un tempérament et d’une passion, au sens positif du terme cette fois.

C’est une lecture qui prend aux tripes, qui coupe le souffle, qui donne le vertige et qui force l’admiration. On suffoque, on court, on s’essouffle, on repart. On a l’impression de vivre, comme elle, enfin, même si vivre veut dire se battre contre des monstres qu’on ne peut identifier : l’Autre qui s’abîme en nous, l’autre qui perd toute dignité, l’autre encore qui aime plus à l’aube de la perte, l’autre que l’on est, que l’on devient inévitablement et qu’il faut apprivoiser, comme tous les autres.

Grandir, c’est sûrement prendre conscience que tout est un « sujet inconnu » : l’avenir, le passé, le présent, le SDF, Lui, les autres, soi-même. Et il faut avancer avec ça. Prenez ça en pleine tête !

Priscilla

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