Le Matin est un tigre de Constance Joly

Histoire d’une cicatrice, histoire d’une fusion, histoire d’un amour, trop puissant pour qu’il soit sans conséquence, Le matin est un tigre est le récit du refus de la résignation, l’histoire d’une résilience.

Voici la quatrième de couverture :

Depuis quelques mois, la vie d’Alma se hérisse de piquants. Sa fille souffre d’un mal étrange et s’étiole de jour en jour. Tous les traitements échouent, et les médecins parlent de tumeur. Mais Alma n’y croit pas. Elle a l’intuition qu’un chardon pousse à l’intérieur de la poitrine de son enfant. On a beau lui dire, son mari le premier, que la vie n’est pas un roman de Boris Vian, Alma n’en démord pas.
À quelques heures d’une opération périlleuse, son intuition persiste. Il ne faut pas intervenir. C’est autre chose qui peut sauver sa fille. Elle, peut-être ?

Alma est une femme à part : pour vivre, pour survivre, elle se réfugie dans le rêve, celui dans lequel sa fille Billie n’a pas une tumeur mais un chardon qui pousse dans ses poumons, dans lequel son mari et elle ne font plus l’amour mais savent qu’ils s’aiment. Quand la réalité devient trop oppressante, Alma est tentée de fuir ; heureusement, une opportunité s’offre à elle et l’invite au voyage.

Pendant cette parenthèse en solitaire, Alma va prendre conscience de beaucoup de choses. Ce qui est touchant dans ce roman, c’est cette articulation entre l’onirique et le réel qui embarque Alma et le lecteur dans un univers aux frontières troubles, dont l’humain ne disparaît pourtant jamais.

Les maladies trouvent leur explication dans des traités de botanique du XIXe siècle, le rôle de la psychanalyste est tenu par une aventurière de fiction Chicago May et les signes sont lus dans les poèmes. Pourtant, c’est bien grâce à son introspection, grâce à l’exploration de ses limites physiques qu’Alma va prendre conscience du poids qu’elle fait peser sur sa fille. En se libérant de ses chaînes, elle la libère de sa maladie.

C’est un livre touchant, qui aurait pu l’être davantage. Je regrette que l’on n’entre pas assez dans l’intimité de cette relation mère-fille décrite comme exclusive. On ne parvient pas à s’attacher à Billie, à comprendre la force de ce lien fusionnel qui transcende la distance et la maladie. Tout est très symbolique dans ce texte qui, de manière très juste, renvoie à L’Ecume des jours de Boris Vian, mais les symboles dépassent la réalité, la rendent chimérique, au point qu’elle perd en intensité. J’ai finalement été plus émue par l’amour que se portent Alma et son mari qui continuent à se soutenir, à se battre dans les épreuves qui jonchent leur vie, apparemment si parfaite.

Ce fut, malgré ce bémol, une lecture agréable, prenante. On veut croire que Billie peut guérir si on laisse la fleur éclore, on espère que l’opération ne sera pas fatale à cette jeune adolescente et par rayonnement, à ses parents. Les mots sont justes, poétiques et admirablement orchestrés, nous conduisant, comme l’héroïne elle-même, dans un monde parallèle à celui que nous connaissons, parallèle mais jamais déconnecté. C’est une invitation au voyage, un voyage onirique mais profondément humain.

Priscilla

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