Les gens heureux lisent et boivent du café d’Agnès Martin-Lugand

Comment réagir quand ta vie bascule ? Comment survivre quand tous ceux que tu aimes sont morts ? Comment trouver la force de te battre quand tu perds toute envie ? Quand nous rencontrons Diane, nous la trouvons dans cet état. Colin, son époux et Clara, sa fille sont morts dans un accident de voiture pendant qu’elle était chez eux, à préparer les valises pour les vacances. Diane ne s’est pas physiquement suicidée, mais ce qu’il reste d’elle s’apparente quand même au cadavre. Elle erre dans un appartement plein de souvenirs, se nourrit de plats surgelés, se lave avec les produits d’hygiène de sa fille et porte les vêtements de son époux, refusant de ranger quoi que ce soit ou de changer les draps pour conserver leur odeur. Elle refuse d’affronter leur mort, refuse d’affronter la vie. Seule trace du monde extérieur, Félix, son meilleur ami et collègue, qui vient tous les jours vérifier qu’elle se nourrit, raconter ses amours d’un soir et lui parler de leur café littéraire Les gens heureux lisent et boivent du café. Les mois passent et Diane doit donner le change, doit justifier son refus de se rendre au cimetière ou de parler à ses parents. Comme elle préfère sa façon de vivre, elle décide de tout plaquer, pas pour se sentir mieux, plutôt pour qu’on la laisse se sentir mal. Elle décide donc d’aller vivre dans une petite ville en Irlande dans un cottage assez isolé, avec pour seuls voisins ses propriétaires et leur neveu, Edward, qui n’a pas très envie d’avoir une nouvelle voisine. Bien sûr, on imagine très rapidement que cette Irlande qui semble peu accueillante, que ce voisin qui paraît antipathique vont jouer un rôle essentiel dans la reconstruction du personnage, mais ce n’est pas si simple et c’est ce qui rend le récit si prenant.

Si j’ai dévoré ce roman en quelques heures, c’est parce que, sans excès de pathos, Agnès Martin-Lugand, parvient à nous faire ressentir la douleur, la solitude mais plus que ça, le vide qui a envahi l’existence de son héroïne. Chaque petit pas est une épreuve et le plus difficile, c’est d’accepter qu’on ne peut pas survivre sans séquelles à un tel drame. Y aura-t-il un happy end pour Diane ? Nous ne le saurons jamais. Nous la voyons s’enfoncer, puis être réveillée par la colère, par la peur de l’humiliation, par le sens du défi, par l’attachement enfin. Ses moteurs deviennent de plus en plus positifs, mais Diane a encore besoin de moteurs. Pour combien de temps ? J’ai été très sensible à cette écriture tout en pudeur, tellement riche dans l’évocation des émotions et des sentiments. C’est une vraie gageure de ne pas tomber dans l’excès quand on décrit une douleur à ce point indicible ou dans le roman à l’eau de rose quand on narre le retour à l’amour. Aucune fausse note pourtant dans ce roman.

Les personnages sont peints avec une grande finesse et on s’attache très rapidement à eux, pour différentes raisons. On compatit pour Diane, on veut comprendre le « mystère Edward » et on sourit beaucoup, on rit même, avec Judith et Félix qui sont des bouffées d’oxygène et de positivité, pour l’héroïne, autant que pour le lecteur. Quant à Megan, elle est le prisme par lequel passent toutes les émotions négatives, elle est un peu le défouloir.

En bref, c’est un roman que j’ai vraiment beaucoup apprécié, qui rappelle que chacun a ses casseroles, que la rencontre des uns ou des autres permet d’évoluer, pas toujours comme on le voudrait et aussi vite qu’on le voudrait, mais toutes ces rencontres ont un sens, un but qui va nous permettre de nous redéfinir, de nous reconstruire. Et puis, si Les gens heureux lisent et boivent du café, on peut tous être heureux assez facilement, non ?

Priscilla

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