Un fils obéissant de Laurent Seksik

Vous le savez tous, il y a des romans qui nous passionnent, qui nous fascinent, qui nous révoltent, qui nous interrogent… Et puis il y a ces romans qui nous scotchent, tellement ils sont humains, des romans dont on sent qu’ils sont comme des amis intimes, de ceux qui nous connaissent mieux que personne…

Un fils obéissant fait partie de ces rares textes qui m’ont parlé comme peu de textes savent le faire, avec une humanité, une simplicité et une beauté qui m’ont autant émue que le sujet du livre.

C’est l’histoire d’un quinquagénaire qui vient de perdre de son père et qui, un an après le drame, se souvient de ses derniers instants avec lui. C’est aussi l’histoire d’un enfant qui voue un culte à cet homme qui lui apprend la Vie, qui lui apprend tout, qui le porte, même quand il n’a plus envie d’être relevé. C’est l’histoire d’un quinquagénaire qui vient de perdre son père mais veut rester l’enfant auprès de son papa.

Laurent doit écrire un discours en hommage à Lucien. Mais comment rendre hommage à ces êtres qui nous créent, nous construisent, nous blessent parfois, mais nous aiment, comme jamais plus personne ne nous aimera ? Comment faire de cet hommage un texte qui ne soit pas triste mais qui ne soit pas non plus dépourvu de ce sentiment de manque affreux dont on ne se défait jamais ? Laurent Seksik a pansé mes blessures, sans essayer de les masquer par l’oubli ou la détermination, simplement en le nommant, en parvenant à dire l’indicible, de l’amour et de la peine, de l’admiration et de la colère, de la reconnaissance et du deuil.

La force de ce texte réside dans la parfaite maîtrise d’une alternance toujours juste entre sourires aux lèvres et larmes aux yeux. Car c’est là qu’est la vérité, c’est ce qu’explore ce texte, ce petit espace de flottement entre le souvenir heureux et le sentiment de vide qui lui succède inévitablement.

« Je pleurais comme certains esprits simples disent qu’un homme ne devrait jamais pleurer, anéanti de douleur, un édifice effondré sur mes épaules, je pleurais de désespoir, liquéfié, dissous, manquant de souffle et d’air. Mais le plus étrange était que ce saccage intime qui me laissait plus abattu qu’un boxeur après son combat, loin de m’affliger, s’accomplissait dans une sorte d’extase, car cet abîme de désolation, plongée à l’écart di monde, m’accordait de partager un dernier moment avec mon père. »

C’est un texte fort, beau, profondément vrai et tellement touchant. On y retrouve les émotions positives de l’enfance idéale, les colères amusantes de l’adolescence contrariée, les dilemmes de l’adulte en devenir et les maux de l’adulte qui regrette son enfance mais regarde vers l’avenir. Le portrait de Laurent qui se dessine en filigrane dans ce récit est celui, sans concession, de l’homme, de tous les enfants qui ne le sont plus, le mien, et très certainement, le vôtre aussi…

Priscilla

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