Les Classiques de Priscilla – Lolita de Nabokov

« Moi, je m’appelle Lolita / Collégienne aux bas bleus de méthylène / Moi, je m’appelle Lolita / Coléreuse et pas mi-coton, mi-laine / Motus et bouche qui ne dit pas / A Maman que je suis un phénomène / Je m’appelle Lolita / Quand je rêve au loup, c’est Lola qui saigne » Ces paroles si souvent fredonnées au cours de mon adolescence prennent tous leurs sens après la lecture de ce classique russe. Si je l’avais déjà lu à l’époque où je compilais les classiques pour préparer le concours, j’ai décidé de me replonger dedans aujourd’hui, en prenant mon temps. Et j’ai bien fait, c’est une lecture exigeante…

L’intrigue, tout le monde la connaît : Humbert Humbert est une homme d’apparence classe et qui a tout pour lui, mais le lecteur lui connaît une passion dangereuse pour les « nymphettes », ces petites filles âgées de 10 à 14 ans, qui sont loin d’être des femmes, qui sont dans un entre-deux, au cours duquel le corps se transforme mais pas l’attitude. Quand il rencontre Charlotte Haze, tout en elle le révulse, sauf sa fille, Dolores, l’incarnation parfaite de la nymphette. Alors quand cette petite rebelle s’amuse à se rapprocher de l’homme dont elle sent que sa mère est tombée amoureuse, juste pour la faire enrager, Humbert craque et passe d’une relation fantasmée à une relation envisageable. Il épouse Charlotte, devient veuf et du même coup tuteur de Lolita. La petite continue son jeu dangereux tant qu’elle ignore la mort de sa mère. Quand elle l’apprend, des portes invisibles se verrouillent sur elle : elle est prise au piège dans un road trip moralement incestueux et franchement pédophile, dont elle ne sortira que par la fugue.

Evidemment, le roman a fait scandale et l’on comprend aisément pourquoi. Pourtant, la force du récit de Nabokov est réelle et repose, à mon humble avis, sur plusieurs points. Premièrement, il s’agit d’une fiction, c’est selon moi essentiel car cela évite une réaction épidermique du lecteur contre Humbert : aucune petite fille n’a été sa victime. Deuxièmement, ce personnage, indubitablement condamnable, est aussi un homme brillant, profondément amoureux, sincère et mythomane, malgré quelques violents éclairs de lucidité. Troisièmement, Humbert n’est pas seulement un personnage, c’est le narrateur : tout est raconté à travers ses yeux, ce qui rend le récit de ces quelques années un peu moins insoutenable.

Lolita est donc décrite à travers les yeux de son bourreau. Si son attitude est ambiguë, on ne doit pas faire de cette fillette une espèce de femme-enfant fatale. Le lecteur se laisse pourtant fatalement prendre : il est très facile de penser – alors même qu’il semble difficile de l’accepter – que Lolita séduit Humbert, que c’est elle qui l’embrasse, que c’est elle qui prend les devants la première nuit, elle qui ne se dit même plus vierge. Pour ce lecteur, appelé beaucoup trop souvent « mon frère », le piège est bien tendu. Et pourtant, quelle petite fille n’a jamais menti pour faire croire qu’elle avait plus d’expérience ? Quelle petite fille n’a jamais testé sur un homme – souvent son père d’ailleurs – son charme et son pouvoir de séduction à des fins telles que l’achat d’une nouvelle robe ou d’un magazine ? En prenant du recul, la réalité reprend ses droits. En lisant attentivement le texte, on se rend compte que c’est Humbert qui nous ment, qui se ment : Lolita pleure toutes les nuits, parle de « viol », supplie « Oh non » quand elle voit la lueur lubrique dans les yeux de son « père ». Lolita est une petite fille dont un monstre a volé l’enfance. Mais un monstre qui ne voudrait pas en être un, un monstre qui l’aime vraiment.

L’ambiguïté est au cœur de ce texte qui ne peut laisser quiconque de marbre. J’ai été dérangée, heurtée, révoltée et touchée par ce que je lisais, tout en refusant d’être touchée par un tel être.

La question du personnage de Lolita reste donc centrale : qui est-elle vraiment ? Je vais dès aujourd’hui me lancer dans le roman de Christophe Tison, Journal de L. qui prend le parti de raconter cette histoire du point de vue de Lolita. C’est un véritable tour de force et une analyse forte du roman de Nabokov à mon avis. Je vous en parle très vite…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

3 commentaires

  1. J’ai détesté. J’ai honte car il est considéré comme un chef d’oeuvre, mais je le dis tout de même. Ce Humbert Humbert est tellement insupportable – et se victimise même – que la lecture a été aussi laborieuse pour moi, à l’image, en plus soft, de la séquestration subie par cette pauvre « nymphette ».

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