Assassins ! de Jean-Paul Delfino

C’est la deuxième fois que les éditions Héloïse d’Ormesson parviennent à me séduire avec un roman (le premier, c’était Une Vie de Carrosse de Jean-Marie Catonné). D’une part, parce que cette maison d’édition publie de très beaux « objets-livres » – et l’on sait tous à quel point c’est important quand on est amoureux des livres – d’autre part, parce que ce sont des textes originaux et de qualité. J’ai choisi deux titres qui avaient un lien avec la littérature, mon univers de prédilection, et je n’ai pas été déçue.

Jean-Paul Delfino choisit de nous présenter les derniers moments de la vie de Zola. Tout le monde connaît Emile Zola aujourd’hui. Qu’on l’aime ou non, on a tous entendu parler des Rougon-Macquart ou au moins de certains romans issus de cette somme littéraire (L’Assommoir, Nana, Germinal). Pourtant au moment de sa mort, c’est l’Affaire Dreyfus et sa fameuse lettre ouverte « J’accuse ! » qui hantent tous les esprits. Finalement la dichotomie est assez claire : les dreyfusards aiment Zola, les antidreyfusards le haïssent – j’ai choisi sciemment ce mot très fort).

La structure du roman reprend en quelque sorte cette scission : le lecteur alterne, à chaque chapitre, entre le point de vue de Zola et celui de ses ennemis. Les deux histoires sont absolument édifiantes, même si, de manière très intéressante, elles n’ont pas grand chose à voir l’une avec l’autre et ne se croisent jamais.

L’auteur des Rougon Macquart se voit comme un écrivain émérite qui ne comprend pas le rejet de l’Académie et qui estime (à juste titre) avoir apporté une pierre non négligeable à l’édifice de la littérature de son époque. Il cherche donc les raisons qui pourraient pousser qui que ce soit à lui en vouloir au point de souhaiter, voire d’orchestrer, sa mort. Défile alors devant nos yeux ébahis la vie intime de Zola, une vie que je ne connaissais que très peu finalement. On y découvre son enfance, hantée par le fantôme humain et financier de son père, la folie de sa mère, l’amitié de Paul Cézanne et de quelques autres, son arrivée à Paris, ses échecs, ses désillusions professionnelles et personnelles, son entrée dans le milieu littéraire et la peinture qu’il fait des écrivains de son époque, l’impact de ses relations avec les femmes sur sa vie, ses succès, ses craintes, ses déceptions, notamment liées à l’affaire Dreyfus. On se rend compte alors qu’Emile Zola n’a lui-même pas conscience des passions qu’il exacerbe dans son sillage.

Dans les autres chapitres, l’histoire qui se joue n’est pas moins passionnante, mais elle procède sur un tout autre ton. Le lecteur est invité à passer quelques heures avec ceux à qui la mort de Zola pourrait profiter. J’ai été tout simplement glacée par le récit que j’ai lu. Bien sûr je savais que l’antisémitisme ne datait pas de la Seconde Guerre Mondiale, je savais aussi que l’affaire Dreyfus avait échauffé bien des esprits, mais je ne n’imaginais pas que ce fût à ce point. Franchement, les propos tenus, les idéaux visés par les personnages que sont Barrès, Drumond, Déroulède, Léon Daudet et j’en passe, n’ont pas grand chose à envier à ce qui a pu se dire ou se faire en France pendant l’Occupation. On sent déjà à l’aube de ce sanglant XXe siècle les haines qui engendreront toutes les horreurs que l’on sait, et ça fait peur.

Quant au style, j’ai été admirative : en plus d’une fluidité qui nous embarque sans aucune difficulté dans ces histoires parallèles, l’écriture est vraiment riche, belle, et constitue en tant que telle un bel hommage à Zola et à la littérature. Est-il nécessaire que je développe davantage d’arguments ou vous avez tous bien compris où je veux en venir avec mes gros sabots ? 😉 Amis fans de Zola, de littérature, ou intéressés par cette période historique, foncez, vous ne serez pas déçus !… Il sort demain en librairie. A bon entendeur…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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