Trancher d’Amélie Cordonnier

Pervers narcissique, harcèlement moral, maltraitance des femmes… Ces sujets sont complètement d’actualité. Non pas parce qu’il y a davantage d’hommes mauvais qu’il y a cinquante ans, mais seulement parce qu’aujourd’hui la société a mis un nom dessus et que leurs méfaits sont enfin reconnus.

Dans ce court mais très beau roman d’Amélie Cordonnier (qui sort en poche le 4 septembre), nous reconnaissons les traits de ces histoires et pourtant, aucune redite ! L’auteure réussit le challenge d’écrire un roman entier à la deuxième personne du singulier. Qui parle ? On ne le sait pas vraiment, et pourtant on se laisse embarquer, très facilement.

C’est l’histoire d’une femme amoureuse, d’une mère de famille bienveillante et aimante, d’un être bafoué dans son intimité et dans sa confiance en elle. Après avoir traversé, avec son mari, une période violente et destructrice, après avoir rompu et finalement laissé une chance à l’homme de sa vie, après sept années de bonheur, le Mal revient en force. L’alcool, la jalousie, la colère, tout se mêle pour transformer l’homme gentil en Bête pour sa femme et pour ses enfants. Et puis, un jour, c’est trop ! En mettant des mots sur sa vie, cette jeune femme prend conscience de la réalité et prend une décision : trancher, sous quinzaine ! Elle restera ou le quittera pour toujours. Le compte à rebours est lancé. L’homme en est informé, et pourtant, il ne parvient pas à être parfait pendant deux semaines : oscillant entre une forme orale de barbarie et des preuves d’amour à n’en plus finir. La jeune femme semble prendre peu à peu de l’assurance face au Monstre, mais elle n’est jamais aussi froide qu’elle le souhaiterait face à l’homme.

Evidemment, on peut juger. Il est facile de se demander pourquoi elle reste si longtemps, pourquoi elle lui laisse tant de pouvoir. Mais les mots d’Amélie Cordonnier disent tout, pour peu qu’on veuille les entendre. Ils disent les horreurs prononcées par le Monstre, les déclarations d’amour offertes par l’Amant, les colères et les angoisses des enfants, les doutes, les espoirs et les désillusions de la femme. Aux grossièretés gratuites et injustifiées succèdent de beaux moments de littérature.

Avec le personnage, je me suis demandé si les choses s’arrangeraient, si l’on pouvait pardonner un tel comportement, si l’on pouvait tout recommencer. Finalement, la question n’est pas de savoir si l’on peut accepter ça, évidemment, objectivement, on ne peut pas, on ne doit pas. Mais que faire quand on aime l’autre bien plus qu’on s’aime soi-même ? On a beau dire qu’il ne faut pas, c’est bien le propre de l’amour – de soi, d’un autre – de ne pas pouvoir être contrôlé. Est-il humainement possible de trancher ? Dans le vif, comme ça, sans pouvoir recoller les morceaux ? Quitter un être, c’est dire « Adieu » à sa vie telle qu’on la connaît. Il faut du courage, une forme d’abnégation et énormément d’amour, pour soi-même et pour ses enfants. Tout ça, elle l’a. Est-ce que ça suffit ? A vous de trancher…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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