Des nerfs d’acier de Philippe Lemaire

Imaginez un Paris sans Tour Eiffel, sans Sacré-Cœur, à peine sorti de la Commune… Difficile, n’est-ce pas ? C’est pourtant le décor que plante Philippe Lemaire dans son roman Des nerfs d’acier qui paraît aujourd’hui aux Editions de Borée.

IMG_20190703_212949.jpgDans ce roman, nous sommes transportés à quelques années de l’exposition universelle, et quel voyage ! A l’instar du héros, Johan, nous débarquons dans ce Paris que nous ne connaissons pas et nous assistons, fascinés, à l’érection d’un monument qui fait naître bien des polémiques et nous savons quelle sera sa destinée dans le ciel de Paris. Du chantier initié par Gustave Eiffel j’ai moi-même appris beaucoup de choses passionnantes : je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment ils avaient pu construire une telle chose à la fin du XIXe siècle, ne serait-ce que du point de vue logistique !

Mais l’histoire ne tient pas qu’à cela. Johan est un personnage attachant, épris de liberté et de littérature. Il va découvrir la vie parisienne, la vie tout court au contact de personnages variés et hauts en couleur : Malou et Ti Gouverneur, des expatriés martiniquais qui vont lui apprendre les réalités de l’esclavage et de la colère, mais aussi de l’amour et de la solidarité ; Moriaty et Massimo, ouvriers puis contremaîtres sur cet immense chantier qui vont lui donner le goût du travail et le sens de l’amitié ; Adèle qui va l’initier à l’amour et à la peinture ; Maxence, son frère, qui va lui faire une belle démonstration de la goujaterie ; des peintres, des ouvriers, des journalistes qui constituent une fresque vivante du Paris fascinant de cette entrée dans le XXe siècle.

Ce que j’ai vraiment énormément apprécié dans cette histoire, ce sont les nombreuses références à la littérature du XIXe siècle que j’aime beaucoup. Johan m’a fait tellement penser au Lucien de Rubembré des Illusions perdues de Balzac, ou au George Duroy, Bel-Ami de Maupassant : comme eux, il s’agit d’un jeune homme qui fuit la dictature socio-familiale, empreint d’idéaux et d’admirations littéraires, rimbaldiennes ici. Comme eux, croyant connaître un succès littéraire, il va devoir revoir ses prétentions à la baisse et se contenter du journalisme, avec ses codes et ses lois, pas toujours moraux. Mais Philippe Lemaire ne s’arrête pas là, sa culture littéraire lui permet de faire de Maxence un Bel Ami en puissance, qui profite de l’amour et de la richesse des femmes pour son épanouissement personnel, allant jusqu’au duel (qui tétanise autant George que Maxence). Les descriptions du chantier ont également quelque chose de zolien, on y sent l’influence de Germinal avec les descentes dans la mine ou de L’Assommoir lors des soirées passées par les personnages dans les cabarets (j’ai d’ailleurs noté la présence d’un ouvrier appelé Coupeau et d’un photographe appelé Lantier).

Le style de l’auteur est fluide, agréable et souvent beau. J’ai notamment relevé un passage qui s’annonçait très prometteur dès le début du roman:

« Les ivrognes se succédaient devant le comptoir. Chacun avait sa façon bien à lui d’encourager son vice. Tristesse ombrageuse de l’un, culpabilité fuyante de l’autre, arrogance méprisante du troisième, mais dans le fond, ils se ressemblaient tous avec les mêmes visages couperosés de tristesse, les mêmes voix râpeuses qui se perdaient dans un dédale de mots décolorés. »

La lecture que je vous propose aujourd’hui va vous faire vivre des aventures à dimensions spatiale, temporelle, littéraire et initiatique. Si vous aimez vous fondre dans une époque, dans des destinées romanesques, vous ne pouvez qu’adorer ce roman… Laissez-vous embarquer !

Quatrième de couverture : À la fin du xixe siècle, le jeune Johan de Winkler quitte sa Lorraine natale pour prendre le chemin de la capitale avec la ferme intention de marcher sur les traces de Rimbaud. Un destin malicieux et les rudesses de la vie se chargeront de faire voler ses ambitions en éclats. Si la littérature perd un poète, l’époque y gagne un témoin : devenu journaliste, Johan rendra compte de la construction de cette tour Eiffel qui va célébrer à la fois le centenaire de la révolution de 1789 et le triomphe du génie industriel français, mais aussi des scandales qui secouent alors la France. À Montmartre où il vit, tandis que s’affirme l’Impressionnisme, il croise marlous, peintres sans le sou et modèles à la si charmantevertu. D’un côté les forçats de l’acier, de l’autre la Butte, ses artistes, ses cabarets, son esprit libertaire. Deux mondes que tout oppose en apparence. Johan de Winkler parviendra-t-il à les réconcilier, le temps de cette virevoltante histoire d’amour et d’amitié, authentique épopée de l’âme humaine ?

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

 

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