Throwback Thursday Livresque n°6

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 9 mai : Maltraitance

Je vais vous parler aujourd’hui d’un classique littéraire dont l’auteur a à cœur la protection des enfants. Il s’agit évidemment des Misérables de Victor Hugo. Les destins croisés de Cosette chez les Thénardier ou de Gavroche, l’enfant des rues dressent une peinture pathétique de la manière dont pouvaient être traités les enfants.

cae-19-bayard-cosette-pCette œuvre me semble d’autant plus intéressante de ce point de vue qu’il y a quand même une grande différence entre les deux enfants. Si Cosette est confiée très jeune par sa mère, obligée de se prostituer et de vendre ses dents et ses cheveux pour payer la pension qu’exigent les Thénardier, elle va heureusement croiser la route de Jean Valjean. M. Madeleine, convaincu d’avoir une part de responsabilité dans le sort de Fantine qui a été renvoyée de ses usines, promet de retrouver la petite. Mais il fait bien plus : voyant les conditions de vie de l’enfant, il l’emmène, l’élève et l’aime comme sa fille, la protégeant de tout et lui offrant une enfance dorée, même si elle est, pour une part, bâtie sur un mensonge. Jean Valjean va faire preuve, par amour pour Cosette, d’un sens du sacrifice qui ira jusqu’à ne pas se rendre à son mariage et mourir seul, afin de ne pas gêner la famille de son gendre avec son passé douteux.

Gavroche n’aura pas cette chance. Victime des Thénardier lui aussi, puisqu’il est leur fils, Gavroche, épris de liberté, vit de menus larcins dans Paris. Sa franchise, son air de titi Parisien font de ce personnage un « gamin » vraiment attachant. On ne le suit pas de manière continue mais il apparaît ponctuellement, venant égayer la description des bas-fonds de Paris et ajouter, par petites touches, à la peinture pathétique de ses conditions de vie. Tout cela jusqu’à la scène très connue de sa mort sur les barricades. Un passage émouvant et merveilleusement bien écrit dont je ne me lasserai jamais.

800px-Gavroche_(Les_Misérables)« Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette. Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. […] Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter.
Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…
Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler. »

Ce roman est un chef-d’œuvre sur bien des aspects. Je me contenterais de ceux-là pour respecter la thématique, mais il y a tant à en dire…

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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