Partiellement nuageux d’Antoine Choplin

IMG_20190109_224054.jpgC’est avec grand plaisir que j’ai découvert, avec ce service presse, la plume d’Antoine Choplin et la maison d’édition La Fosse aux Ours. C’est un petit livre, court mais efficace, dont le style n’est pas sans rappeler celui de L’Etranger de Camus : des phrases brèves, un narrateur-personnage qui se veut assez détaché de ce qu’il raconte et plus généralement de ce qu’il vit.

L’histoire se déroule au Chili après la dictature de Pinochet, dont les horreurs, encore méconnues aujourd’hui, sont nombreuses et tout aussi injustifiables que dans les autres états dictatoriaux.

Mais il ne s’agit de peindre toutes ces atrocités, nous entrons dans un récit tout en pudeur, où beaucoup de choses se sentent plus qu’elles ne se lisent. On ne peut qu’imaginer ce qui est arrivé à Paulina, l’ancienne fiancé d’Ernesto, le narrateur. Et l’imagination, on le sait, est tout aussi poignante, si ce n’est plus, que la réalité. Le drame qui se joue ici, ce n’est pas l’arrestation ou la disparition de la jeune femme, tout est déjà terminé. Nous avons seulement affaire à celui qui est resté et à l’après, ce qui est, en soi, un autre drame. Cet homme qui est attiré malgré lui par le Musée du Souvenir, qui parle à des photos et qui tente de ne pas perdre les sensations vécues lors de son histoire, est vraiment émouvant.

« Et maintenant, j’avais beau me coller le nez dessus tous les jours, je voyais bien comme tout cela s’effaçait doucement. Ce n’était pas le souvenir qui s’effaçait, mais ce qui fait du souvenir un espace qui peut encore se remplir de réalité. Bien sûr que je me rappelais les colombes, mais le cliquetis des colombes marchant sur le toit, ça, j’arrivais plus à l’entendre pour de bon. »

Second drame qui se joue en mineur, celui des descendants de ces coupables, qui n’en sont pas vraiment : ces dizaines de milliers de personnes qui ont dû obéir au dictateur, parce qu’ils étaient fonctionnaires ou à la solde de l’Etat, ces gens pas toujours d’accord avec ce qu’ils faisaient mais contraints de le faire quand même et qui vivent, des décennies plus tard avec le poids de la culpabilité et les fantômes des victimes qu’ils ont engendrées.

C’est donc un roman surprenant, émouvant, fonctionnant beaucoup sur l’implicite et l’empathie que l’on ressent très vite pour tous les personnages, dont on espère de tout cœur qu’ils vont s’en sortir le mieux…ou le moins mal possible.

Merci aux éditions La Fosse aux ours pour cette agréable lecture !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : Ernesto est astronome dans le modeste observatoire de Quidico au Chili. Il étudie les nuages de Magellan, une galaxie naine. Il vit seul dans ce territoire mapuche avec son chat, Le Crabe et Walter un vieux télescope peu performant. Lors d’un voyage à Santiago, dans l’espoir de trouver le financement pour une pièce (lame de Schmidt) de son télescope défectueux, Ernesto ne peut s’empêcher de visiter le musée de la Mémoire où une photo de Paulina, sa fiancée disparue durant la dictature de Pinochet le plonge dans un passé douloureux. C’est dans ce même musée qu’il fait connaissance d’Ema qui porte elle aussi une histoire lourde. Ils devront surmonter les blessures jamais cicatrisées de cette terrible période.

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