Seules les montagnes dessinent des nuages de Marc Lepape

500_F_58544280_9x3ltId7LhuN98PZgMGCkcbogxW4KvRKÊtes-vous prêts à embarquer sur la Néréide pour un voyage onirique sur une terre imaginaire ? On y retrouve une île, la Sélébie, en contact très lointain avec le Royaume d’Harraiem, mais qui a gardé son indépendance et ses traditions. Plus on s’enfonce dans l’île, loin du port très occidentalisé de Ryot, plus on se perd sur des terres ancestrales, éloignées de tout et privilégiées. C’est le cas de l’Onk, la région d’Ilnah et de son frère Dmyrn. Le décor posé par Marc Lepape est tout simplement fascinant : on sent le vent, on voit les montagnes, on aperçoit les couleurs. Toutes les sensations sont exploitées et rendues vivantes par le charme et la musique des mots de l’auteur. Tous les toponymes sont inventés et nous invitent, nous lecteurs, à oublier notre réalité pour rentrer dans ce monde chaleureux et sonore.

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Les premiers chapitres font intervenir tour à tour trois des personnages principaux, sans que le narrateur ne nous dise tout sur eux. La symbolique est, là aussi, très forte. Erraink, le personnage associé à l’eau, parce qu’arrivant par bateau et chargé d’alimenter l’Onk en eau, est le Voyageur, celui dont s’écrira l’Odyssée, une odyssée personnelle et initiatique. Ilnah, fille de la terre, qu’elle manipule et peint, un peu Sorcière, en ce qu’elle vit, pour des raisons d’abord inconnues, en marge de sa communauté qui la trouve étrange et à cause de son caractère indépendant, secret et fort. Dmyrn, enfin, son frère, qui vit l’exil qu’il a choisi près du ciel, au sommet du mont Aklut pour se rapprocher de quelque chose, sans savoir vraiment de quoi, dans une sorte de tentative d’apothéose. Et puis rapidement, nos intuitions sont mises à mal : Erraink accoste, Ilnah renoue avec sa communauté, avec l’humanité, et Dmyrn est retrouvé mort un peu plus bas sur la montagne.

A cet instant précis, j’étais, pour ma part, déjà complètement embarquée dans cet univers et dans cette histoire grâce à des scènes vraiment très belles : certaines violentes, comme celle de la découverte du corps de Dmyrn qui fait intervenir, au-delà du spectacle insoutenable que cela représente, un ensemble de symboles qui annoncent cette acmé de violence ; mais aussi d’autres, pleines d’une vie foisonnante, notamment celle de la fête du Figuier.

Les enjeux de cette histoire sont nombreux et s’entremêlent : qu’est-il arrivé à Dmyrn ? Erraink va-t-il mener à bien sa mission ? Qui est-il vraiment ? Qu’y a-t-il derrière ces montagnes interdites d’où naît un mystère auréolé de dangers ? Pourquoi sent-on, sans pouvoir l’expliquer, que c’est toute la région de l’Onk qui court un risque ?

La tribu de l’Onk vit selon des coutumes ancestrales, sauvegardées par le Patriarche, que personne ne remet jamais en cause, mais qui ne rendent pas ses habitants fermés et hostiles, bien au contraire. Les personnages, méfiants envers tout ce qui pourrait perturber leur équilibre – et on les comprend -, n’en sont pas moins accueillants et profondément humanistes, au point de transformer progressivement Erraink, dont on ne connait pas le passé mais qu’on devine profondément blessé.

Finalement ce roman, c’est l’histoire d’un mélange, d’un métissage qui ne va pas de soi mais qui se révèle beau. A deux reprises, il faudra aux habitants, aux ouvriers, une réelle volonté de construire, de s’unir pour pouvoir avancer. Si l’arrivée d’Erraink et de Lapnot dans la région de l’Onk, rappelle inévitablement l’arrivée des Occidentaux en Amérique, le rapport s’inverse vite et ce sont eux les étrangers, ce sont eux qui doivent s’adapter. La Nature est la seule véritable dominatrice ici : elle force les hommes à se dépasser sous une chaleur écrasante, des tempêtes aveuglantes, des déserts menaçants et des monts affutés. Il n’y a de réussite possible qu’en écoutant la Nature, même s’il apparaît nécessaire de la dépasser parfois.

Le tableau n’est toutefois pas aussi idyllique que mon propos pourrait le laisser penser. Je ne veux pas donner trop d’indices mais je ne peux pas non plus passer sous silence le fait qu’il ne s’agit pas d’un conte merveilleux. Derrière l’amitié, l’humanisme, l’amour de la terre, l’amour tout simplement, il y a une vérité pernicieuse : quand le ver est entré dans le fruit, celui-ci est définitivement vicié.

Je vous invite sincèrement à découvrir ces mots, ces terres, cette histoire. Ouvrir ce roman, c’est faire un vrai voyage !

Je remercie chaleureusement les éditions Emmanuelle Colas d’avoir accepté de m’envoyer cet exemplaire.

Je remercie aussi et surtout Marc Lepape pour cette histoire envoûtante. Vasilsca m’avait déjà beaucoup plu mais Seules les montages dessinent les nuages m’a tout simplement enchantée. J’y ai retrouvé le « Monsieur Lepape » de mes souvenirs, mon professeur de collège, celui qui, par son enthousiasme toujours débordant, m’a fait découvrir la magie qu’il y avait derrière le choix d’un mot, derrière la musique d’une phrase, au-delà même de l’intrigue. Merci pour ça, Monsieur, c’est beaucoup grâce à vous que mon plaisir de lire est devenu passion de la littérature !

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture : Dmyrn, le frère de la secrète Ilnah, vient d’être assassiné. Ce crime inexpliqué sème le trouble et la peur dans la vallée de l’Onk. C’est alors qu’arrive Erraink, un jeune ingénieur envoyé par le royaume d’Harraiem pour irriguer ces terres lointaines de l’île Sélébie. Entre mythes et légendes, il découvre un monde étrange, très ancien, sur lequel veille depuis toujours le Patriarche et dont l’existence semble menacée. Qui a commis ce crime, auquel succèdent d’autres attaques abominables ? Pourquoi ? A qui-peut-on faire confiance ?

Quelques citations qui m’ont marquée :

« L’Outaho surtout le fascinant. le velours cuivré des blocs plissés ou renflés chatoyait de mille nuances malgré l’apparente uniformité. Il n’y avait pas de hiérarchie car de la base au sommet révélant l’azur s’imposait la même puissance. »

« Il aurait fallu pouvoir interroger l’eau éblouie qui jaillit au soleil pour qu’elle contât son fabuleux voyage »

« La Sélébie n’était pas une déesse incomparable. Sa beauté réelle, qu’il avait exagérément magnifiée dans ses élans romantiques, ne prévalait pas contre les hommes. n’importe où, pour peu qu’il voyageât, existaient des contrées fabuleuses, des terres d’élection, ainsi nommées parce qu’elle semblaient concentrer soudain des projections idéales. Tous ces paradis pouvaient accueillir le mal, c’est-à-dire la faiblesse de l’homme. Il en avait cru la Sélébie exempte : il s’était trompé. »

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